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Si nous remontions à la mythologie grecque, nous dirions que Téthys, une divinité primordiale qui personnifie le pouvoir fécondant de l’eau, s’est penchée sur le berceau de notre village en le dotant de nombreuses sources qui ont donné lieu à l’aménagement de fontaines, procurant ainsi l’eau en abondance à ses habitants et bien avant que le raccordement au réseau de distribution ne soit effectué en 1958.
Quelques chiffres pour commencer…
L’eau est un bien très précieux et quelques chiffres en témoignent. Notre planète est recouverte de 71 % d’eau mais cette quantité se compose de 97 % d’eau salée et de 3 % d’eau douce. Ces 3 % vont être stockés dans les glaciers et calottes glaciaires (1,8%), sous forme d’eaux souterraines (0,9 % et 13 000 000 km3) et 0,02 % dans les fleuves et les lacs.
Ces 0,9 % d’eau douce sont une des résultantes de ce que l’on appelle « le cycle de l’eau ». Lorsqu’il vient à pleuvoir, 63 % des précipitations vont subir l’effet de l’évaporation et remonter en altitude pour former les nuages mais également pour l’approvisionnement des végétaux, 12 % vont ruisseler à la surface du sol et rejoindre les cours d’eau et les 23 % restant vont percoler à travers le sol perméable pour s’infiltrer jusqu’à la nappe d’eau souterraine (nappe phréatique) pour former un « aquifère ». Cet aquifère peut être une roche constituée de sables, de grès, de calcaire…et qui à l’origine est poreuse et permet ainsi la libre circulation de l’eau.

Les particularités de Hantes-Wihéries
Nous avons déjà dit que le sous-sol du village était constitué de roches calcaires datant de la période du Dévonien, étage Givetien et Frasnien s’étendant de – 387 millions d’années à – 372 millions d’années , à une époque où la mer chaude et profonde recouvrait notre région.

Le centre du village se trouve à +/- 140 mètres d’altitude alors que les niveaux les plus élevés sont situés à +/- 170 mètres. Lorsque l’on observe les courbes de niveau et que l’on sait que l’écoulement des eaux se fait toujours perpendiculairement à ces courbes, on s’aperçoit très vite que les eaux de ruissellement ainsi que celles qui vont s’infiltrer, vont par gravité, se diriger en ligne quasi droite sur le centre du village.
Que se passe-t-il en sous sol ?
Lors de précipitations, l’eau va d’abord traverser la couche superficielle du sol composée de terres, de végétaux, de graviers provenant d’une roche altérée par le climat et sur une épaisseur de 2, 3, 4 mètres formant une zone insaturée, pour atteindre ensuite et après quelques mois, le niveau de la nappe aquifère qui, dans notre cas est constituée de roches calcaires fissurées. Cette zone de roches calcaires fracturées à l’intérieur desquelles l’eau va s’accumuler et circuler est appelée structure karstique. Ce phénomène dû à la circulation de l’eau associée aux processus chimiques se retrouve essentiellement dans les roches carbonatées. Par définition, une nappe phréatique va se « vidanger » du niveau supérieur (appelé niveau piézométrique) vers le niveau inférieur, ici la Hantes. Au cours de ce trajet, l’eau peut rencontrer une surface imperméable comme l’argile mais peut aussi à travers ce réseau karstique trouver des points de sortie que l’on appelle alors « exutoires » ou « résurgences » . Ce sont ces résurgences qui ont été aménagées par nos anciens pour construire nos différentes fontaines destinées à fournir l’eau de qualité (à l’époque) pour les habitants du village et ceux des environs.

Le remplissage des nappes phréatiques va évoluer au cours d’une année. Normalement, après les précipitations hivernales, la nappe aura récupéré son niveau fin mars et s’accroîtra jusque fin juin pour ensuite baisser jusqu’en fin novembre.
Il y a quelques années, inquiet de constater le faible débit de certaines fontaines, j’avais eu l’honneur de recevoir Monsieur Alain Rorive, éminent spécialiste en hydrogéologie qui m’avait expliqué ce cycle de remplissage.
Malheureusement, depuis quelques années, force est de constater que certaines de nos fontaines n’ont plus leur débit d’antan.

Difficile de se lancer dans des théories approximatives, on peut par contre émettre certaines hypothèses.
Le réchauffement climatique est aujourd’hui une certitude et chaque année on nous annonce que le record de chaleur est battu. L’année 2019 a été l’année la plus chaude depuis 1830 et les périodes de canicule sont de plus en plus importantes avec un record de plus de 38° . Parmi les 20 années les plus chaudes, 15 se sont produites depuis 1999. Dès que la température passe au-dessus des 10-15 °, l’eau s’évapore avant de pénétrer dans le sol. Par contre, les précipitations hivernales sous forme de neige sont de moins en moins fréquentes dans notre région alors qu’elles sont idéales pour le remplissage des nappes. L’hiver 2016-2017 fut extrêmement sec , accentuant encore le déficit.
La qualité des sols est un élément qu’il faut prendre en compte. L’agriculture moderne n’a plus guère de choix et utilise des engins de plus en plus lourds ayant bien souvent comme effet de compacter les sols et de les rendre imperméables en cas de pluies. Les organismes du sol ont fortement diminué; on est passé de 1500 kg de vers de terre à l’hectare il y a un demi siècle a 50 kg aujourd’hui. Ces lombrics en effectuant d’incessants allers retours dans le sol à la recherche de leur nourriture tout en créant le complexe argilo-humique fertile, rendaient celui-ci perméable grâce aux nombreuses galeries.
Certaines fontaines, comme nous le verrons plus loin, ont subi le préjudice de divers travaux d’égouttage.
Histoires d’eau
De tous temps, les hommes ont eu la nécessité de s’approvisionner en eau; pour leurs besoins personnels, pour l’irrigation des cultures ou pour le bétail. La solution la plus ancestrale consistait à recueillir les eaux de pluie dans des récipients, à se rendre au cours d’eau le plus proche ou à creuser un puits là ou la nappe phréatique le permettait. Ces puits étaient construits par un artisan appelé puisatier. L’eau était ensuite remontée au moyen d’une poulie et d’un seau et était souvent d’une qualité supérieure aux eaux stagnantes de surface, chargées en germes et bactéries.
Une amélioration notable fit son apparition au cours du XVIIIe siècle avec l’invention de la pompe manuelle aspirante qui permettait suivant les calculs d’Evangelista Torricelli, mathématicien et physicien italien du XVIIe, de remonter de l’eau jusqu’à 10,33 m de hauteur. Un puits était d’abord creusé, ensuite une structure en pierre venait supporter la pompe en elle-même, actionnée manuellement.
Le document ci-dessous nous montre un exemple d’adjudication publique pour la construction de deux puits situés sur la commune voisine de Labuissière ainsi que le prix de ces travaux en 1896.


Dans la deuxième moitié du XIXème siècle, plusieurs de ces pompes ont été placées dans le village pour subvenir aux besoins des habitants.
A la rue de Grand Pré, en 1865, on compte 15 maisons, toutes situées, à l’exception d’une, sur la gauche de la rue. Il fut donc impératif d’installer une pompe commune pour alimenter les riverains du hameau des « tries ». A ce jour, elle est sur une propriété privée mais avec l’abaissement des nappes phréatiques, le puits en dessous est fréquemment à sec.

A la rue de Wihéries, à hauteur du n° 65, il y a quelques années, l’entrée d’un puits était toujours visible. Par sécurité, une dalle de béton fut placée au-dessus. Ce puits avait été construit par un entrepreneur de Leval-Trahegnies, Mr Brux, qui reçut l’ordre de commencer les travaux suite à la décision du Conseil communal du 2 mars 1914.

Un peu plus bas, au coin de la rue des loups, une pompe est toujours présente. D’après le témoignage de Léon Warzée qui habitait en face à la fin des années 1930, le puits avait été construit par « el puchti » (le puisatier) et par Alfred Britelle.
Non loin de là et le long de la Hantes, en 1890, il y avait un puisard commun. Nous ne résistons pas à l’envie de vous retranscrire le PV, vous relatant les conflits de voisinage de l’époque signant ainsi une tranche de vie hantoise.
« L’an mille huit cent nonante, le quinze du mois de mai, à neuf heures du matin, je soussigné Jules Vainqueur, garde champêtre de la commune de Hantes-Wihéries, y demeurant, assermenté et revêtu des marques distinctives de mes fonctions, sur la réquisition du sieur Dehoux Théophile, domestique de ferme, domicilié en cette commune, me suis rendu dans la propriété de celui-ci, au lieu-dit hameau de Wihéries, en cette localité, où il existe le long de la rivière un puisard commun entre plusieurs habitations dudit hameau. J’ai constaté l’existence sur les marches de l’escalier conduisant à ce puisard un dépôt de chair et d’intestins provenant de la dépouille d’un animal, le dépôt de ces matières rendait l’accès du puisard impossible; ayant interrogé ledit sieur Dehoux à l’effet de connaître l’auteur du dépôt, il m’a répondu qu’il provenait du nommé Depriester Henri, couvreur de chaises demeurant à Hantes-Wihéries, lequel a l’habitude d’aller laver en cet endroit de la rivière les dépouilles d’animaux qu’il achète pour la nourriture de ses deux chiens d’attelage; le nommé Dehoux affirme que cet acte du sieur Depriester n’est le résultat que de la méchanceté qu’il a contre lui et que du reste des observations à cet effet avaient déjà été faites la veille à l’épouse Depriester qui était occupée au nettoyage des mêmes matières. Le nommé Dehoux m’a signalé comme témoins les sieurs Mengal Alphonse, ajusteur mécanicien et Horgnies Désiré, journalier tous deux domiciliés à Hantes-Wihéries.
Je me suis ensuite rendu chez le sieur Depriester à l’effet de l’interroger et celui-ci m’a répondu qu’il n’était pas l’auteur du dépôt dont on l’accuse; quant à sa femme, la nommée Chrispeels Adolphine, ménagère, domiciliée en cette commune, elle m’a déclaré que la veille elle est allée au puisard en question pour y laver une dépouille et qu’elle avait dû se retirer avant d’avoir fini sa besogne, le sieur Dehoux Théophile lui ayant défendu de continuer en la menaçant, il se peut, d’après la déclaration de cette femme, qu’elle ait, dans sa précipitation, abandonné une partie des matières dont il s’agit.
De tout quoi, j’ai dressé procès-verbal les jour, mois et an que dessus, pour valoir en justice. »
Jules Vainqueur.
Ce même jour à 14 heures, Jules Vainqueur s’est présenté devant Joachim Denamur, échevin faisant fonction de bourgmestre, et a sous serment, affirmé véritable et sincère, le procès-verbal ci-dessus.

En 1886, le Collège des Bourgmestre et Échevins entama les démarches en vue de la création d’une pompe en lieu et place du ruisseau qui débouchait du sentier n° 44; aujourd’hui la ruelle qui relie la place Robaulx à la rue d’En bas. A cette époque, les habitants empruntaient très souvent les sentiers pour « couper au court » et lors d’hivers rigoureux, ce ruisseau se répandait dans le sentier et, en gelant, rendait son accès fort périlleux.

Voici le courrier adressé au Gouverneur en date du 26 mai 1886:
Gouverneur,
Nous avons l’honneur de vous retourner votre lettre du 15 avril dernier … avec les quatre pièces qu’elle accompagnait. Nous vous adressons en même temps une expédition de la délibération prise par le Conseil communal le 23 courant, par laquelle celui-ci a jugé à propos d’ajourner la décision au mois d’octobre prochain pour être à même de délibérer alors avec toute l’équité désirable si la source sur laquelle il s’agit d’établir une pompe, en lieu et place du filet d’eau dont il est question, donne une eau assez abondante pour répondre aux besoins des intéressés, il y aura lieu de procéder à la suppression de ce filet d’eau; ce sera une grande amélioration apportée dans la commune, tant pour la bonne viabilité du sentier n° 44 de l’Atlas des chemins que pour les besoins des habitants de la rue d’En bas qui auront à leur disposition une eau potable au lieu d’une eau provenant d’un ruisseau coulant à ciel ouvert.
Les fontaines de notre village

La fontaine du Point du jour

La fontaine du Point du jour est sans nulle doute celle qui donna lieu au plus grand nombre de conflits entre l’administration communale et la famille de Robaulx. Il suffit de savoir que cette fontaine alimente souterrainement le château via la ruelle de la place, pour comprendre tout l’intérêt qu’elle représentait pour eux.
En 1845 Monsieur de Robaulx certifiait qu’il était propriétaire de cette fontaine construite d’après lui par ses ancêtres en 1715 et il prétendait n’accorder au public que la faveur de jouir de son trop plein, allant jusqu’à dire que les sources qui alimentent la fontaine proviennent de son terrain. Il avait même fait placer à une certaine partie de la fontaine, une porte dont il tenait la clef.
La commune gagna son procès en faisant valoir qu’elle était située sur une propriété communale et que la famille de Robaulx n’en possédait qu’une servitude.
En 1846, suite à la Convention du 10 août, les habitants du village recevaient autant d’eau que la famille de Robaulx. A la fontaine du Point du jour, il y avait 2 bacs, le premier servait au rinçage du linge et dans le deuxième il existait une prise d’eau pour la brasserie. Le trop-plein de la fontaine servait donc à la fabrication de la bière sans tenir compte des rinçages de toutes natures.
Nous vous livrons ici le texte complet de la Convention établie à Mons le 14 août 1846. Cette convention devait établir les droits de la famille de Robaulx et ceux de la commune et ses habitants pour le partage des eaux de la source mais nous verrons plus loin que des conflits perdureront jusque les années 1960 avec les différents propriétaires du château.
Convention
Dans la vue d’éviter un procès long et dispendieux et principalement de procurer aux habitans (sic) des rues dites rue haute, Grande rue et rue du chêneau en la commune de Hantes-Wihéries, l’eau dont ils ont besoin et qu’ils ne peuvent se procurer qu’au moyen de parcourir un grand trajet et de perte de temps, la convention suivante a été conclue sous la médiation de Mr Dequanter, membre de la Députation permanente, délégué à cet effet par elle.
Entre le Conseil communal de Hantes-Wihéries d’une part et Mr Alexandre de Robaulx propriétaire domicilié à Liège d’autre.
Article 1er
Il sera fait une prise d’eau dans l’aqueduc construit par les auteurs de Mr de Robaulx dans la prairie d’Amaury Maurage, à l’endroit de la fosse du maréchal Melkior, endroit où la commune a déjà fait construire des aqueducs.
A cet effet le point de jonction aura lieu en cet endroit, de manière que la réunion des deux aqueducs produise le partage de l’eau par part égale entre la commune et Mr de Robaulx. Les travaux qu’entrainera la prise d’eau seront exécutés en présence de Mr de Robaulx aux frais de la commune. Dans le délai de huitaine pour ce que regarde le travail à faire à l’orifice de la prise d’eau.
Article 2
Les eaux que l’aqueduc de la commune recevra sont exclusivement destinées à l’usage public et seront dirigées vers la rue du chêneau, au moyen d’un aqueduc que la commune fera construire pour arriver dans un réservoir qu’elle fera établir pour la commodité des habitans (sic). Dans le cas où la prise d’eau concédée à la commune s’exécute faute d’avoir réussi dans le projet prévu par l’article 5 ci-après la veuve Melkior sera autorisée à faire un puisard prenant l’eau à l’aqueduc de la commune, moyennant par elle de supprimer son ancien puisard.
Article 3
Il ne pourra être fait sous quelque prétexte que ce soit aucune prise d’eau quelconque dans l’aqueduc que la commune a fait ou fera construire, depuis l’endroit où la prise d’eau est ici convenue jusqu’au réservoir de la rue du chêneau; à partir de ce point il sera loisible à la commune de donner à l’excédent des eaux du réservoir, telle direction qu’elle jugera convenable aux besoins des habitans (sic) en se conformant aux lois.
Article 4
Si l’une ou l’autre des parties contractantes contrevenait à la présente convention ou si elle souffrait ou permettait qu’il y fut contrevenue, cette convention cesserait de plein-droit, si, après avertissement préalable donné à la partie contrevenante celle-ci ne faisait cesser, dans le mois la cause du trouble, et alors les choses seraient remises au même point et état où elles se trouvent en ce moment, lorsque l’une ni l’autre des parties puisse se prévaloir du temps qui aura couru à partir de ce jour jusqu’au moment où la cessation des effets de la convention fondée sur une contravention constatée, sera dénoncée.
Article 5
Si la commune par l’essai qu’elle se propose de faire, peut prendre les eaux nécessaires aux trois rues, en amont de la fontaine du point du jour sur la voie publique, elle disposera alors des eaux de l’aqueduc de la manière qu’elle jugera convenable. L’aqueduc qu’elle fera construire sera d’une dimension telle qu’elle suffira aux besoins des habitans (sic) des trois rues, sans toutefois nuire aux besoins de ceux qui jouissent actuellement des eaux de la fontaine ni au réceptacle du point du jour. Si cet essai réussit la prise d’eau convenue par les articles précédents n’aura pas lieu.
Article 6
La présente convention sera soumise à l’approbation de la Députation permanente et un double sera remis à chacune des deux parties.
Ainsi fait et convenu entre les parties, en la maison communale de Hantes-Wihéries le dix août mille huit cents quarante six.
(Signé)
Ph. Lengrand Bourgmestre C.Horgnies 1er Ech H.Halbrecq Ech
M. Couturiaux. Bertinchamps . Tassart. Const Laurent. A .de Robaulx. Dequanter.
Vu et approuvé la présente convention par la Députation permanente du Conseil provincial du Hainaut
En séance à Mons le 14 août 1846
Dès 1847, l’administration communale rentra en conflit avec Alexandre de Robaulx. La commune considérait que peu de temps après la Convention, Monsieur de Robaulx s’était permis :
- D’incorporer la fontaine du Point du jour dans sa propriété contigüe, en supprimant la muraille qui formait son ancienne limite et où en faisant construire une autre muraille sur une partie de terrain communal longeant la -dite fontaine, il l’a ainsi réunie à sa propriété.
- De faire placer une pierre mobile au réceptacle de cette fontaine, afin d’y avoir accès
- D’adapter, à un des murs du réceptacle, une pièce de bois perforée à trois endroits différens (sic), en dessous de la buse qui a toujours fourni l’eau à une partie de la commune.
Les responsables politiques hantois affirmaient qu’en plaçant cette pièce en bois, Monsieur de Robaulx pouvait à sa volonté absorber toutes les eaux de ce réceptacle. Réceptacle qu’il avait d’ailleurs pris soin de fermer au moyen d’une clef.
L’administration communale considérait donc qu’en présence de semblables faits qui étaient de la plus rigoureuse exactitude, les droits de la commune n’étaient pas sauvegardés. Elle estimait qu’en incorporant la fontaine sur son terrain, Monsieur de Robaulx pourrait en acquérir la possession et même en devenir le propriétaire après le laps de temps requis pour la prescription acquisitoire.
« La prescription acquisitive, ou usucapion, est le fait d’acquérir juridiquement un droit réel que l’on exerce sans en posséder de titre, après l’écoulement d’un certain délai, dit de prescription, pendant lequel toute personne peut le contester ou le revendiquer en justice. »
Faisant suite à ces problèmes, la commune voulut aller en justice mais la Députation permanente lui refusa l’action de plaider; conséquence de la venue sur place des Députés délégués et du rapport rendu à la Députation.
Voici le courrier adressé à Monsieur le Commissaire par le Gouverneur de la province du Hainaut en date du 9 octobre 1847:
Monsieur le Commissaire,
Je vous prie de vouloir bien informer l’administration communale d’Hantes-Wihéries que d’après le rapport présenté à la Députation permanente par les Députés délégués, qui se sont rendus sur les lieux et attendu qu’il a paru démontrer à ce collège que la transaction intervenue entre cette administration et Mr de Robaulx au sujet de la prise d’eau à la fontaine du point du jour reste entière et que les droits de la commune sont sauvegardés, il ne peut dans l’état actuel des choses être donné suite à la demande en autorisation de plaider qui a fait l’objet de votre lettre du 9 août dernier n°2886.
Le Gouverneur Dumon-Dumortier
Cliquez sur le lien ci-dessous, pour lire le rapport complet de la visite des deux Députés délégués :
En 1891, César Riche alors propriétaire de la brasserie, obtint l’autorisation de placer une conduite sous la voirie afin d’alimenter directement sa production. Celle-ci lui fut accordée à condition de ne nuire en rien à la quantité d’eau nécessaire à l’approvisionnement de la ferme d’Adolphe Lengrand située quelques mètres plus bas.

En 1893, dans sa séance du 19 octobre, le bourgmestre Adolphe Horgnies, les échevins Joachim Denamur et Désiré Fayt, décidèrent avec le conseil communal et après avoir consulté la Revue de l’administration sur les conduites d’eau, de faire payer un droit annuel de 50 francs à Monsieur César Riche et 20 francs à Messieurs Melkior Omer et Philippe et Delville Alphonse ainsi qu’à ceux qui à l’avenir prendraient l’eau chez eux à l’aide d’une conduite souterraine. Les conduits principaux de même que l’eau étant la propriété de la commune.
Durant l’année 1898, la famille Melkior entendait se servir de la conduite d’eau établie par la commune mais se refusait de s’acquitter de cette redevance. La Convention de 1846 prévoyait que cette famille pouvait s’approvisionner dans l’aqueduc construit par de Robaulx dans la prairie Maurage et la fosse Melkior. Finalement, la commune choisit la deuxième option qui consistait à prendre directement les eaux à la fontaine du Point du jour et d’établir son aqueduc comme il lui paraîtra bon. C’est cette deuxième option qui fut confirmée par Mr Monfils, secrétaire communal à Monsieur Arthur Maillard, avocat saisi de l’affaire par l’administration communale. Maître Maillard précisait qu’il s’agissait en l’espèce d’une taxe dite de rémunération, c’est-à-dire d’une taxe destinée à couvrir les frais de certains travaux faits par la commune dans l’intérêt d’une catégorie d’habitants et que cette taxe était due par tous ceux qui profitent de ces travaux. L’aqueduc amenait l’eau dans un réceptacle devant la maison de Philippe Melkior.

En mai 1895, Monsieur Adolphe Lengrand propriétaire de la ferme « d’en bas » introduisit la demande de pouvoir supprimer le chemin traversant sa cour. Le conseil communal décida de tenir une enquête de commodo et incommodo à l’effet d’entendre les riverains. Suite à cette enquête, il fut décidé de ne pas vendre le chemin.
En 1899, Mr Lengrand après avoir introduit une nouvelle demande, reçut l’autorisation de placer des grilles à l’entrée de sa propriété afin d’en interdire l’accès durant la nuit.

L’année 1898 marque le début de nouveaux conflits entre les héritières d’Alexandre de Robaulx et l’administration communale d’Hantes-Wihéries. Pour comprendre la situation, faisons un petit retour en arrière. Alexandre de Robaulx né le 20 avril 1798 à Fontaine-L’Evêque épousa Thérèse Dubois de Merbes-le-Château en 1831; de cette union, naquirent 5 enfants. Alexandre décéda à Liège le 5 février 1861 et fut inhumé à Hantes.
En 1899, des cinq enfants, deux étaient encore en vie: Antoinette Humbertine de Robaulx, épouse du baron Fernand-Henri de Rossius d’Humain et Lucille-Auguste épouse de Jean-François Auguste Gillon. Une troisième sœur, Marie Félicie, était décédée en 1898. Le 5 novembre 1899, les sœurs Antoinette et Lucille envoient une lettre de Liège à l’attention du bourgmestre et des échevins:
« Messieurs, On nous apprend que la commune voudrait s’emparer de notre fontaine. Nous ne pouvons croire pareille chose. Notre droit est évident puisque indépendamment de toutes autres raisons, les sources qui alimentent la fontaine sont situées dans notre terrain, et que notre prise d’eau est à un niveau plus bas que la prise d’eau de la commune, ce qui suffit à démontrer si bien que la commune ne reçoit d’eau parce que nous y consentons ou tout au moins qu’elle ne peut prendre que notre surplus.«
Les deux sœurs terminent néanmoins leur missive en disant que s’il y avait moyen de sauvegarder leur droit, elles étaient disposées à améliorer la situation des eaux destinées aux besoins publics. Quelques jours après ce courrier, Mesdames Gillon de Robaulx et de Rossius de Robaulx adressent une requête, en date du 10 novembre, à la Députation permanente où le ton va se révéler plus accusateur. Elles déclarent avoir été averties que la commune d’Hantes-Wihéries voudrait s’approprier la fontaine du Point du jour dont les eaux desservent, depuis des temps immémoriaux les étangs et robinets de service du château d’Hantes.

Elles affirment que malgré la grande sécheresse qui a marqué l’année 1899 avec une pénurie extrême de pluie, heureusement fort rare dans nos contrées, le bassin public n’a jamais manqué d’eau tout en reconnaissant que le niveau s’était momentanément abaissé.
Dans ce même courrier, leurs accusations se font de plus en plus véhémentes allant jusqu’à prétendre que ce ne sont pas les intérêts publics qui dirigent l’administration communale mais une sorte d’hostilité contre leur famille, hostilité attribuée à l’animosité qu’ont généralement les habitants des petites localités contre le rentier.
Va alors s’ensuivre une attaque tout à fait personnelle à l’encontre du brasseur local, César Riche.
» Mais on nous affirme que la campagne qui s’ouvre a aussi pour but de camaraderie et serait instigué par le brasseur de l’endroit. Sa brasserie anciennement infiniment moins importante était desservie par les eaux abandonnées par nous à la commune et s’écoulant à ciel ouvert jusque près de sa brasserie; depuis quelques années le brasseur dont l’établissement a pris un développement considérable a fait placer sous la voie publique depuis sa brasserie jusqu’à la fontaine du Point du jour, des conduites en fonte pour capter les eaux venant du réservoir public. Cet été, bien que le réservoir fût toujours alimenté, comme il ne peut évidemment prendre que les eaux données au public, la quantité d’eau par suite de la sécheresse ne fut pas suffisante pour les besoins de la brasserie et l’on dût, parait-il, quelques fois en conduire avec des tonneaux. Le véritable but de la commune est de nous dépouiller de nos eaux pour satisfaire les exigences du brasseur et, en même temps s’emparer de nos sources, voilà la vérité. «
Elles poursuivent en déclarant que leur désir comme celui de la Députation permanente est certainement d’éviter dans la commune des querelles et des procès qui peuvent être écartés en suivant les règles de l’équité et du respect des droits.
Le 27 novembre, Maître Maillar, avocat de la commune, précise à Monsieur Monfils, secrétaire communal, que même si en admettant que les eaux proviennent de l’une de leurs propriétés, ces eaux une fois sorties de leur terrain cessent de leur appartenir. Le 2 décembre 1899, prévenu par Mr le Gouverneur de la requête adressée à la Députation permanente par Mmes Gillon de Robaulx et de Rossius de Robaulx, le conseil communal d’Hantes-Wihéries, s’adresse une nouvelle fois aux héritières d’Alexandre de Robaulx. Le conseil s’inquiète de connaître la personne qui aurait pu leur dire que la commune voulait une nouvelle fois s’approprier la fontaine et fait remarquer que cette personne est tout à fait dépourvue de bon sens. Le but premier est de faire respecter la Convention de 1846 et le rapport des deux Députés permanents de 1847 tout en précisant que la commune ne prétend pas à la propriété de la fontaine. Plusieurs remarques leur sont faites également :
« Chaque fois que l’administration communale présentait un projet, la famille de Robaulx y mettait un obstacle; pourtant tous les projets étaient d’un intérêt général » et de poursuivre: « Pourquoi encore, Mesdames, ces insinuations malveillantes dans votre requête du 10 novembre, voulant faire croire que l’administration communale se laisse conduire par le brasseur de l’endroit. Ce Monsieur très respectable n’a rien à faire dans ce débat et n’a instigué personne. »

Le courrier se termine par ces termes: le conseil communal n’a jamais été inspiré par des esprits de camaraderie dans ses actes et ceux-ci ont toujours été empreints d’un esprit de justice et de loyauté.
Ce même 2 décembre, le conseil communal adresse un courrier à Monsieur le Commissaire d’Arrondissement, reprenant les termes, explications et précisions qu’il avait formulés aux deux sœurs de Robaulx.
Dans un dernier courrier daté du 14 décembre 1899, elles précisaient:
« Toutefois bien que la commune ne nous ait jamais fait aucune réclamation quelconque, nous avons plusieurs fois inspecté les lieux avec Monsieur Renaux qui peut vous le dire et nous avons cherché ensemble, par esprit de serviabilité, si tout en sauvegardant nos droits, il n’y aurait pas moyen d’augmenter la production d’eau de la fontaine et nous sommes arrivés à penser qu’avec un petit travail que nous pourrions faire dans notre propriété, il serait peut-être possible de remonter le niveau des eaux dans le réceptacle et assurer mieux le service de tout le monde. »
Autour de cet enjeu que représentait le partage des eaux de la fontaine du Point du jour, une période de 23 ans va semble-t-il donner lieu à une paix retrouvée entre la commune et la famille de Robaulx. En 1921, une des deux sœurs, Antoinette, épouse de Rossius, décède à l’âge de 87 ans. Elle laisse sa sœur, Lucille de Robaulx , épouse Gillon, qui décédera le 24 mars 1924 à Liège, à l’âge de 87 ans comme sa sœur.
En date du 9 février 1922, la commune revendique à nouveau ses droits en faisant valoir que depuis de temps immémorial, elle jouit de l’eau potable provenant de la fontaine et que depuis plusieurs mois les habitants du quartier du point du jour sont privés de la jouissance de cette eau potable. Afin d’éviter un procès qui serait préjudiciable aux deux parties, le bourgmestre de l’époque, Jules Chabaux, et le secrétaire communal vont inviter Madame Gillon de Robaulx à effectuer les travaux nécessaires afin de remettre l’eau en circulation normale. En cas de refus, ils se verraient obligés d’en référer à la justice.
Le 7 mars, la réponse arrive de Liège:
Messieurs,
Je n’ai pas reçu la lettre du 9 février dont vous parlez.
Votre lettre recommandée datée du 28 février porte le timbre de la poste de Solre-sur-Sambre du 4 mars et m’a été remise le 6 mars.
Messieurs,
Je déplore comme vous que les habitants du quartier du point du jour soient privés d’eau potable depuis plusieurs mois. Il n’y a rien d’étonnant à cela après la sécheresse persistante de l’été 1921. C’est un mal dont beaucoup de localités souffrent encore actuellement et qui n’est pas imputable à la fontaine. Cependant, ayant le désir de faire tout ce qui me sera possible pour améliorer cet état de choses, j’écris dès aujourd’hui pour me mettre en rapport avec un ingénieur hydrologue que je chargerai d’étudier ce qu’il y a lieu de faire et d’exécuter les travaux qu’il pourrait juger utile.
Je n’entends pas, par cette attitude conciliante, renoncer en rien à mes droits que je n’hésiterais pas, le cas échéant, de défendre en justice.
On constate à la lecture de ce courrier que le ton reste ferme mais qu’il devient quelque peu conciliant. La lettre est toujours signée Lucille Gillon de Robaulx, mais je présume que sa fille, Lucille Gillon, prend le relais des affaires de sa mère; les prochains échanges seront dorénavant signés Lucille Gillon. Il faut savoir, que le château avait été incendié le 24 août 1914 lors du bombardement qui suivit la bataille de Lobbes. La demeure était devenue inhabitable mais elle était néanmoins entretenue et gardée par Georges Warzée, grand-père de Christian Warzée, qui était venu de Wellin, habiter le village en 1913.

Jardinier de profession, il continuait à faire le potager et à entretenir le verger y attenant.

Régulièrement, il envoyait par le chemin de fer, des colis de fruits et légumes à Madame Lucille Gillon de Robaulx et à sa fille Lucille par la suite, à Liège.

Dans une lettre datée du 19 septembre 1922, Lucille Gillon annonce officiellement au bourgmestre que dorénavant elle sera chargée par sa mère de la représenter à Hantes-Wihéries. Elle prie Monsieur le bourgmestre de bien vouloir informer Messieurs les échevins, qu’elle les recevra dans une maison qu’elle possède à la rue du chêneau pour les entretenir de la fontaine du Point du jour et au jour et à l’heure qu’ils voudront lui fixer. Elle insiste toutefois pour que la réunion ait lieu le plus tôt possible; la personne chargée du travail devant arriver incessamment.
Le 29 septembre, Lucille Gillon déclare à Monsieur le bourgmestre qu’elle a l’honneur de porter à sa connaissance qu’il a été établi le bétonnage des deux fuites de la fontaine et que le travail a été effectué avec le plus grand soin, après une étude approfondie de la question. Elle ajoute, que le béton doit prendre lentement et huit jours au moins seront nécessaires à son durcissement.

Le cours des eaux ayant été détourné momentanément, celui-ci doit demeurer détourné autant de temps que Monsieur le chef des travaux le jugera nécessaire. Elle charge Monsieur le bourgmestre de bien vouloir veiller sérieusement à ce qu’aucune détérioration ne soit faite aux travaux effectués pour le bien de la commune. Elle demande également de donner aux voisins ignorants, des explications suffisantes pour qu’ils ne se permettent pas de leur propre autorité de toucher ou déplacer quoi que ce soit. En cas de dégradations, elle se verrait forcée d’en reporter la responsabilité sur l’administration communale.
Depuis 1932, le château de la famille de Robaulx était devenu la propriété de Mr Smits, époux de Marie Louise Cornet d’Elzius de Peissant . Il fut ensuite revendu au vicomte Christian Ysebrant de Lendonck, un des descendants de la maison d’Ysebrant illustre déjà dès 1340.

En 1962, durant la première semaine du mois d’avril, paraissait un article de presse relatant des travaux au chemin n° 15 (rue des fontaines) en relation avec les eaux de sources provenant de la fontaine du Point du jour et qui inondaient chaque année plusieurs habitations. Ces travaux pourraient expliquer que l’eau ne coula plus dans le bac en zinc au coin de l’église.
Cet article que nous publions n’est pas sans rappeler quelques parfums de politique locale de l’époque.

Au cours des années 1964, 1965, 1966, de nouveaux démêlés eurent lieu entre l’administration communale, Mr Ysebrant et l’opposition communale de l’époque. Chacun revendiquant tour à tour et une nouvelle fois, la propriété de la fontaine du Point du jour. Des fuites d’eau et des inondations des caves voisines de la place et de la ruelle, autorisèrent finalement Ysebrant de Lendonck à effectuer des travaux et à remplacer la canalisation qui amenait l’eau de la fontaine vers ses étangs.


Dans le bulletin bimestriel de la revue « Hainaut Tourisme », voici ce que Roger Foulon, célèbre écrivain thudinien et membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, écrivait en septembre 1967 à propos de la pisciculture établie dans sa propriété et alimentée par la fontaine du Point du jour:
« C’est là qu’une pisciculture profite d’une eau abondante possédant une température naturelle idéale de 8 à 12 degrés fournie, sans défaillance, au débit moyen de 15 à 20 mètres cubes par heure.
Cette eau cascade vers les bassins extérieurs ou les bacs de stabulation installés dans les caves de l’ancien château seigneurial.
Une faune piscicole abondante vit là dans des conditions salubres exceptionnelles. Truites, tanches, brochets, carpes, perches, gardons tracent dans l’eau leurs fugitifs paraphes. Un parc rempli de feuillage confère au reste du domaine fraîcheur et beauté.«
En 1966, avec Monsieur Bielen notre instituteur, nous avions été visiter la pisciculture et je me rappelle encore de Monsieur Ysebrant, retirant des bacs, un à la fois les œufs de truites non fécondés, au moyen d’une poire en caoutchouc…L’eau était cristalline.
Je me souviens également lorsque j’étais gamin, après la messe de 10 heures le dimanche, nous allions chercher des truites au château; c’était souvent Madame qui les pêchait. Ne restait plus qu’à repasser au petit Delhaize de Jeanne et Mireille Delfosse (fille de l’ancien bourgmestre, Admire Delfosse) ainsi qu’à la boulangerie de Jeannine et Marcel Remacly pour y acheter leur exceptionnelle tarte au riz. Quel beau dimanche…
La fontaine de la place du jeu de balle

Un projet de démontage de cette fontaine afin de comprendre l’absence d’arrivée d’eau est à l’étude.
S’il apparaît dans les archives que la fontaine du Point du jour ait été construite au début du XVIIIe siècle par la famille de Robaulx pour approvisionner leur château en eau potable, on peut affirmer que la fontaine en face des écoles fut construite en 1894 pour subvenir aux besoins des habitants des rues avoisinantes, dans un souci de confort et de salubrité publique. Rappelons également que comme le dit le premier Dictionnaire de l’académie française: une fontaine c’est d’abord le lieu d’une source, d’une eau vive qui sort de terre.
Ces travaux d’aménagements ont fait l’objet d’une délibération du Conseil communal en sa séance du 7 février 1894 où celui-ci demandait l’approbation de l’autorité supérieure.
Ces travaux consistaient à construire une conduite d’eau du réceptacle existant en face de la maison de Philippe Melkior (aujourd’hui Marie-Thérèse Goven) à la place du jeu de balle soit une distance de 290 mètres et la construction d’une fontaine en maçonnerie sur la -dite place du jeu de balle. Le devis estimatif s’élevait à 1 669 francs.
Voici l’Extrait du Registre aux Délibérations du Conseil communal:
Présents, Messieurs: Ad Horgnies, Bourgmestre, J. Denamur , Désiré Fayt Echevins. Vital Anciaux, A Renaux, Conseillers Gabriel Monfils Secrétaire .
Le conseil communal de Hantes-Wihéries,
Considérant que les habitants, si nombreux, des trieux du jeu de balle, ont une distance variant de 300 à 700 mètres, à parcourir pour se fournir d’eau saine et potable.
Considérant que la commune de Hantes-Wihéries, est à certains endroits, avantageusement située, pour recevoir de l’eau saine, potable et très naturelle.
Attendu qu’il conviendrait de conduire l’eau, limpide et claire des sources et fontaines naturelles dans cet hameau complétement dépourvu.
Vu les plans, cahier des charges et devis estimatif.
Attendu que la dépense serait couverte par la réalisation d’un emprunt à contracter avec la Société du Crédit communal et qui a fait l’objet d’une délibération du conseil communal.
Vu l’article 81 de la loi communale.
Décide:
Sous l’approbation de l’autorité supérieure de construire la conduite d’eau conformément aux plans, devis et cahier des charges ci-annexés et dressés en conformité de la loi.
En séance, les jour, mois et an que dessus.
En date du 9 octobre 1894, le ministre Léon de Bruyn, Ministre de l’Agriculture, de l’Industrie et des Travaux publics, en charge de l’hygiène publique et des voiries communales, fit parvenir sa réponse à Monsieur le Gouverneur de la province:
J’ai l’honneur de vous renvoyer les pièces ci-jointes que vous m’avez transmises par lettre du 27 septembre 1894, 4eme Division, N° 71244 concernant le projet présenté par la commune d’Hantes-Wihéries pour la construction d’une conduite d’eau destinée à alimenter une fontaine publique.
Je vous ferai remarquer que la disposition du dégorgeoir est mauvaise, car les personnes qui en temps de gelée iront puiser de l’eau risqueront de tomber dans le lavoir.
En outre, il n’est plus possible de vider celui-ci, on ne pourra donc jamais le nettoyer à fond.
Néanmoins, en vue d’en aider la réalisation et conformément à votre proposition, mon département allouera à la commune intéressée un subside égal au quart de la dépense telle qu’elle sera déterminée par l’adjudication publique des travaux.
Je crois devoir ajouter que l’analyse quantitative de l’eau est bien incomplète, elle ne renseigne que le dosage approximatif des éléments. D’un autre côté, quant à l’analyse bactériologique, je ne puis comprendre comment l’auteur du bulletin est parvenu à reconnaître qu’un mètre cube d’eau ne contenait que 860 bactéries.
En 1895, le Conseil communal prit la décision suivante:
Tout habitant sera autorisé à prendre soit par aspiration ou autrement l’eau à lui nécessaire se trouvant au réceptacle existant le long du chemin N° 3 et près de la maison de Joseph Melkior, moyennant une redevance annuelle de 10 francs à verser entre les mains du receveur communal au plus tard le 15 janvier de chaque année, à commencer le 15 janvier 1896.
La commune se réservait toujours le droit de supprimer les conduits personnels si ceux-ci n’étaient pas en règle.
La fontaine Godin ou Saint-Meurice


La fontaine Godin située à la rue Saint-Meurice, avait autrefois la préférence des habitants du village mais aussi des villages voisins, pour la qualité de ses eaux.
Au mois de janvier 1978, Mr Jean Marcoux, pharmacien à Solre-sur-Sambre, avait fait analyser un échantillon prélevé dans cette fontaine. Après examen l’eau fut déclarée potable. Ce n’est malheureusement plus le cas aujourd’hui.
Un texte paru dans le Journal de Médecine en 1829 et publié par la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles décrivant en tous points cette fontaine, nous fait remonter la construction de cette résurgence antérieurement à cette date mais sans pouvoir en préciser l’origine exacte.
Voici cette description:



Quelle est l’origine du nom de cette fontaine?

Tout simplement, Godin est le patronyme de la famille qui occupait la bâtisse attenante à la fontaine et présente à Hantes à partir de 1778, lorsque Jean Godin, domestique de labour, quitta son village de Grand-Reng pour se marier avec Françoise Daplaincourt. Le couple donna naissance à neuf enfants. L’extrait du cadastre de 1834 indique que leur fils ainé, Dominique Godin était propriétaire de la maison et d’un très grand jardin. Il a exercé le métier de jardinier à Hantes pendant au moins 44 ans. Était-il jardinier pour la commune? Pour le seigneur de Robaulx? Produisait-il des légumes sur son terrain pour les revendre aux habitants? Nous n’avons pas la réponse à ces questions mais ce qui est certain, c’est qu’il ne manquait pas d’eau pour ses cultures… Dominique décède en 1870 à l’âge de 90 ans. La maison est alors léguée à sa fille Zélie et à son beau-fils Alexandre André, journalier. La famille était assurément fort connue par les habitants des villages alentours qui se déplaçaient pour faire des réserves de l’eau réputée de la fontaine. Il est fort probable que les Godin sont à l’origine de l’aménagement de la fontaine au début du 19e s. A moins que ce ne soit le maître-tanneur qui développait son activité plus loin dans la rue Saint-Meurice et dont les besoins en eau devaient être importants. La construction de la maison est postérieure à 1775 puisque la carte Ferraris n’indique aucun bâtiment à cet endroit. La fontaine était pour ainsi dire au pied de la porte de la maison. Mr Godin devait voir beaucoup de monde…

En 1865, la rue est nommée « chemin de la fontaine Saint-Meurice ». Saint Maurice (IIIe siècle), vénéré par les croisés, était un officier romain passé au christianisme; il fut massacré avec sa légion sur ordre de l’empereur Maximien: il avait refusé de persécuter des chrétiens. Ce martyre, qui eut lieu dans le Valais, donna naissance à la ville de Saint-Maurice; le saint est aussi le patron de la Savoie. Il est aussi le saint-patron des malades de la goutte ainsi que des enfants malades. L’eau de la fontaine avait-elle des vertus pour soigner diverses maladies?
La fontaine Hermal

Dans l’état actuel des recherches, rien ne permet d’affirmer une date précise de construction de cette fontaine. Celle-ci selon toute vraisemblance, daterait de +- 1900 et aurait été construite peu de temps après la construction de la maison jouxtant la dite fontaine. Maison construite par Louis Hermal. Ce que montre l’atlas du karst wallon (failles dans le sous-sol calcaire), c’est que cette fontaine serait la résurgence des eaux provenant d’un site appelé « pertes du vivier » et situé 800 mètres en amont. Une visite sur les lieux ne nous a pas permis d’identifier un endroit précis où on pourrait apercevoir quelques indices. Cette carte nous conforte en fait dans l’idée que ces différentes résurgences (fontaines) sont alimentées par les eaux du niveau supérieur de la nappe phréatique se trouvant sous la plaine d’Hantes-Wihéries et que ces deux tracés nous montrent l’écoulement probable que suivent les eaux à travers un réseau karstique (failles dans la roche calcaire).


Quelle est l’origine du nom de cette fontaine?
Cette fontaine porte le nom de « Hermal » en mémoire de Louis Constant Hermal, propriétaire de la maison jouxtant la fontaine et personnage important de notre village au début du 20eme siècle. Originaire d’Erquelinnes où on son père était chef garde de train, Louis s’installe à Hantes en octobre 1880 après son mariage avec Palmyre Denamur, fille de Joachim, échevin communal et contremaitre de carrière (et directeur en 1901) chez Puissant frères à Labuissière. Louis Hermal travaillait pour la société des chemins de fer du Nord qui exploitait la ligne entre Charleroi et Erquelinnes. Il a gravit tous les échelons puisqu’il a débuté sa carrière comme employé, commis-chef, chef de bureau et finalement inspecteur de direction.
Le couple Hermal-Denamur a donné naissance à deux enfants : Lucile en 1881 et Edgar en 1887. Lucile s’est mariée avec Oscar Pécriaux vétérinaire à Estinnes-au-Mont. Edgar était pharmacien à Monceau-sur-Sambre et y est décédé en 1949. Maurice Hermal, fils d’Edgar, est revenu vivre à Hantes dans la demeure de ses grands-parents jusqu’à son décès en 2005. Son épouse était Andrée Laurent.
La liste des électeurs de 1893 indique que Mr Hermal est un fonctionnaire de l’état jouissant d’un traitement annuel fixe supérieur à 1500 francs.
Louis Hermal était une personne très impliquée pour sa commune. Il était président du comité de la soupe populaire et du repas scolaire. En 1918, après l’armistice, il faisait partie des organisateurs de la fête en l’honneur de l’armée britannique qui avait délivré notre village. Nous traiterons de ce sujet dans une rubrique complète consacrée à « Hantes-Wihéries durant la Première guerre mondiale ».
Il est décédé le 28 mars 1936 à l’age de 78 ans.



La fontaine de l’église

Dans l’état actuel de nos recherches, nous n’avons pas d’information sur l’origine de cette fontaine située en face de l’église Saint-Remy. L’absence d’eau est probablement la résultante de travaux effectués dans la rue des fontaines il y a de nombreuses années. La photo présentée ci-dessus date de 1999. De nos jours, le bac en zinc est fortement dégradé et nécessiterait une restauration importante.
Analyses des eaux des fontaines, Hermal, Point du jour et Godin (2021)

Faisant suite à la demande effectuée auprès du Service Public de Wallonie agriculture ressources naturelles environnement, le laboratoire d’analyses de la Province du Hainaut s’est rendu dans le village pour effectuer les prélèvements dans les trois fontaines encore en activités. Voici le résumé des résultats. Au regard de ces résultats, ces eaux ne peuvent être utilisées à des fins alimentaires. L’administration communale ayant été prévenue, celle-ci a fait placer des écriteaux mentionnant que ces eaux sont non potables.



Article rédigé par Christian & Jérôme
Merci pour vos recherches et l’historique ! Bravo
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Un grand merci pour vos recherches, cela est vraiment très interessant
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En vous lisant , j’ai revécu les années où je passais une partie des vacances chez Georges Thon (ancienne école près de presbytère) dans les années 45-55. Pas d’eau courante à l’époque et corvée eau tous les matins à fontaine de l’église.
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Beau travail de recherches Félicitations : très intéressant !
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