La villa romaine de Saint-Druon

Une villa romaine était implantée sur le territoire de notre village, dans la plaine de Saint-Druon située non loin de l’ancien couvent de Saint-Anne aux confins de Montignies-Saint-Christophe.  La documentation retrouvée n’indique pas précisément l’emplacement de cette villa.  Toutefois, nous pouvons localiser sur la carte ci-dessous la campagne de Saint-Druon.

Les vestiges d’une villa romaine dans la plaine de Saint-Druon à Hantes-Wihéries
Plaine de Saint-Druon et Bois de la Ranchère – Photo de Perrine Laurent Photography

La carte de Ferraris, établie entre 1770 et 1778, nous permet d’affirmer qu’une chapelle du même nom se trouvait à cet endroit ainsi qu’un bâtiment au lieu-dit « Lion » le long du chemin menant au couvent de Sainte-Anne. Pourquoi cette dénomination sur la carte? Les registres paroissiaux de l’Église Saint-Remy nous donne peut-être une piste car ils indiquent la présence du nom de famille « Lion » dans notre village. Jean-Baptiste Lion s’est marié le 18 octobre 1734 avec Marguerite Yernaux. Le couple donna naissance à trois enfants entre 1735 et 1739: Marie Barbe, Marie Françoise et Marie Joseph. Jean-Baptiste Lion est décédé en mars 1782 et a été inhumé dans le cimetière de Hantes. Plus tard, en janvier 1783, le registre mentionne que le couple Jean Godin et Françoise Daplaincourt résidait à Saint-Druon. Il y avait donc bien une maison à cet endroit. Il s’agissait sans doute d’une petite ferme.

Ce couvent de l’ordre des Carmes-chaussés, fondé en 1658 par Philippe de Thiennes, seigneur de Montignies, n’était pas implanté sur le territoire de Hantes mais de Montignies-saint-Christophe.  Il s’agit d’un domaine important entouré de murailles et comprenant la maison des Pères, l’oratoire pour l’office divin, une cour, un jardin et un verger.  Un bosquet contigu et d’autres biens situés à Montignies et à Hantes, dont notamment une houblonnière et des rentes, constituaient la dotation de cette maison religieuse.  A la fin du 18eme siècle, la communauté religieuse était composée de 14 prêtres et 5 laïcs qui travaillaient au domaine.  Sur le site, on trouve une potale entre deux marronniers, remaniée au 19eme, appelée chapelle Saint-Quirin.

Au 19eme siècle, la présence de souterrains dans la plaine de Saint-Druon était connue des citoyens de Hantes.  Ceux-ci avaient été signalé à la Société paléontologique et archéologique de Charleroi.  Le 12 septembre 1878, des membres de cette société avaient entrepris une grande excursion dans notre région.  Lors de cette journée, ils ont visité ces souterrains en compagnie d’un habitant de Hantes : Joseph Mengal.

Voici le rapport de cette visite :

« La plaine de Sainte-Anne qui s’étend sur le plateau derrière l’abbaye est une belle campagne où la charrue a souvent indiqué des substructions. On y signale les souterrains dits Caves de Saint-Druon, qui se révèlent par le son creux qu’y occasionne le passage des chevaux et des chariots.  Ces caves sont au nombre de trois, nous dit-on. L’une au moins a été visitée à certain moment et l’on a constaté qu’elles sont voûtées à plein cintre, et admirablement bâtie avec 7 ou 8 jolies niches dans des murailles en petit appareil de moellons, de tuffeau équarris de 0 m,10 cm environ. Cette description que nous a dictée Joseph Mengal, l’auteur même de l’exploration et témoin oculaire, semble bien se rapporter à une de ces belles caves romaines que nous trouvons dans presque toutes les villas et que l’on considère généralement comme un lieu sacré de culte des dieux ou des morts. Joseph Mengal ajoute que le fond des niches qu’il nomme armoires, était de larges carreaux en ciment reliés l’un à l’autre par un mortier rouge vif, que l’on a trouvé dans l’une d’elles une soucoupe rouge forme romaine avec rebords, et sur le pavement un vieux coffre.

Partout le sol de la terre est couvert de tessons et de débris de toutes sortes. Dans une partie du champ nous avons constaté que ces restes sont modernes : poterie vernissée, carreaux communs, dur, minces et allongés, semblables à ceux que nous avions vus, mis à plat, dans certaines parties des murs de l’abbaye de la Thure et surtout des cheminées du château de Solre-sur-Sambre ; mais au-dessus même de la cave Saint-Druon et dans le voisinage immédiat, abondent des débris et des décombres romains tout à fait caractérisés : tuiles, moellons de tuffeau équarris, etc. Il y a certainement eu sur ce lieu une habitation romaine dont le souterrain signalé a sans doute fait partie. Il serait donc nécessaire et du plus haut intérêt d’ouvrir cette cave pour en constater la construction et y faire les études nécessaires. C’est enfin, une fouille pour l’avenir. » C’est seulement entre 1883 et 1884, que des fouilles ont été entreprises par la Société paléontologique et archéologique de Charleroi comme l’atteste la copie du courrier écrit par le bourgmestre de Hantes à cette époque, Monsieur Philogène Lengrand.

En juin 1884, M. Van Bastelaer, président de la société paléontologique et archéologique de Charleroi, invitait ses membres à venir visiter les vestiges de la villa romaine sur le lieu des fouilles.

Ces travaux de fouilles ont mis au jour notamment une grande construction souterraine, avec niches dans les murailles, construction que l’on rencontre souvent dans les fouilles des anciennes villas.  Il s’agit des vestiges du sous-sol du bâtiment existant à l’époque romaine.

Certains pensent que ces niches sont les vestiges d’un laraire (lararium).  Il s’agit d’une sorte d’hôtel souvent aménagé dans les caves que les romains réservent au culte des lares, ou dieux protecteurs du foyer.

D’autres spécialistes de l’époque pensaient que ces niches étaient en fait les restes d’un colombarium souterrain.  Les urnes cinéraires contenant les cendres des défunts étaient déposées dans ces niches.

La troisième possibilité est qu’il pourrait tout simplement s’agir d’un cellier ou cave à provisions comme on a pu retrouver récemment dans les fouilles de la villa du champ de Saint-Eloi à Solre-sur-Sambre.  Les denrées alimentaires étaient conservées dans des vases en céramique et rangées dans ces niches.

Les fouilles ont permis de retrouver un très grand nombre de tessons de céramique mais aussi d’autres objets dont certains étaient exposés au musée archéologique de Charleroi.  En voici un aperçu issu de l’inventaire de ce musée réalisé à cette époque :

  • Deux tèles en terre rose
  • Des fragments de vases en terre samienne, terre rose, noire et grise
  • Un boulon en cuivre
  • Un couteau avec un manche en ivoire
  • Un poids en marbre, de forme sphérique
  • Des fragments de vases en verre
  • Trois faucilles et autres instruments en fer
  • Des morceaux de plâtras avec décors variés de diverses couleurs
  • Une bulle en bronze, que les femmes et les jeunes gens portaient suspendue au cou
  • Un tuyau de pipe en céramique portant quelques ornements en relief, servant probablement à bruler du parfum

Article rédigé par Jérôme

Sources: n°13, 31, 32, 33.

Un commentaire

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