Hantes-Wihéries en 1830

L’année 1830, marque un tournant dans l’histoire de notre pays avec la révolte contre le roi des Pays- Bas Guillaume Ier. Ces événements du mois d’août nous conduirons à notre Indépendance, proclamée par le gouvernement provisoire le 4 octobre 1830. Alexandre de Robaulx, qui séjourna par après au château d’Hantes, siégeait comme député dans ce premier gouvernement. Il s’était d’ailleurs fait remarquer en votant en faveur d’une République plutôt qu’une Monarchie.

Alexandre de Robaulx (1798 – 1861)

En mars 1831, suite à des mouvements de résistance de la part de français et orangistes mais également au sein même de l’armée, le jeune Etat belge connut une situation politique et sociale très agitée. Cette explosion trouva un écho au Congrès. Un constituant, Alexandre de Robaulx, proposa une commission « chargée de faire une enquête sur les causes des mouvements populaires qui ont eu lieu récemment et de proposer au congrès les mesures législatives propres à détruire ces causes, à ramener la confiance, et ainsi assurer le maintien de l’ordre public ».

Cette enquête initiée par Alexandre de Robaulx, ne déboucha sur rien mais l’histoire retiendra qu’elle fût la première enquête parlementaire de notre pays Belqique. Tombée en désuétude par après, cette pratique est revenue en force depuis 1985 avec le drame du Heysel. Entre 1831 et 1985, la Belgique ne connut que 10 enquêtes parlementaires.

En 1833, Philippe Van Dermaelen, éminent géographe et cartographe, édite le dictionnaire géographique de la Province du Hainaut. C’est à partir de ce document que nous pouvons prendre connaissance de l’état des lieux de notre village d’Hantes-Wihéries. C’est en quelque sorte, un inventaire objectif datant de près de deux siècles.

Parcourons les différents aspects du village décrits dans cet ouvrage en y apportant quelques précisions. Ces précisions sont écrites en italique.

Hantes-Wihéries, commune du canton, et à 1/3 de lieue S. de Merbes-le-Château, de l’arrondissement, et à 6 lieues ½ S.O. de Charleroy, et à 5 lieues ¾ S.E. du chef-lieu de la province.

La lieue, mesure de l’époque, valait suivant les différents endroits, plus ou moins 5 kilomètres.

Elle touche au N. à la commune de La Buissière, à l’E. à la commune de Fontaine-Valmont, au S. au territoire de Cousolre et Montignies-Saint-Christophe, et à l’O. celui de Solre-sur-Sambre. Doc chemins de communication.

Cette commune se compose de son chef-lieu et du hameau de Wihéries.

Hantes et Wihéries avaient été réunis suite à la Révolution française et officiellement en 1803.

Hydrographie : Une partie de la commune est traversée par la rivière La Hantes ou Rivière-de-Beaumont ; deux filets d’eau, formés par des eaux de source, sillonnent la surface du territoire. La Hantes est sujette à des débordements nuisibles pendant la fenaison ; elle active deux scieries de marbres et deux moulins à blé.

Scierie de marbre actionnée par la roue à aubes

Les deux scieries de marbre étaient à cette époque, situées à Grand-Pré où les frères Puissant de Merbes-le-Château, propriétaires des carrières de marbre Sainte-Anne de Labuissière, y louaient deux tournants pour effectuer cette opération de sciage de blocs. Le propriétaire de l’époque s’appelait Jean-Baptiste Pécriaux. Nous en reparlerons lors de l’étude de Grand Pré.

Grand-Pré possédant six tournants, les quatre autres servaient à moudre le blé. « Six tournants » signifie qu’il y avait six roues à aubes montées chacune sur un châssis tournant mis en mouvement par l’action de l’eau.

Exemple de mécanisme de mise en rotation de la meule du moulin à farine

Le deuxième moulin à blé était situé à l’emplacement actuel de ce qui était la ferme d’André Ponsar. En 1834, ce moulin était la propriété de Monsieur Dubois, Juge de Paix à Merbes-le-Château.

Sol : D’un aspect très déprimé, coupé par des collines en pente abrupte. Les plaines offrent une inclinaison assez prononcée vers Montignies-Saint-Christophe.

Au départ de la chapelle Berteaux vers Montignies

Le point culminant du village se situe quelques mètres au nord de la chapelle Berteaux à une hauteur de 175 mètres au- dessus du niveau de la mer, à l’ancien lieu-dit : la croix de pierre .

Le terrain est généralement argileux, calcaire et caillouteux. On y trouve de la chaux carbonatée laminaire et compacte ; cette dernière espèce est exploitée dans deux carrières. Les meilleures terres arables ont dix pouces de couche végétale. Ce qui équivaut à 25 centimètres.

Agriculture : Ce terroir produit par année deux mille deux cent cinquante rasières de froment, trois mille soixante de seigle et méteil, mille huit cents d’orge, deux mille huit cent quatre-vingt-cinq d’avoine, mille trois cent dix de pois et féveroles ; deux cent vingt cinq de trèfle, deux cent sept de lin et de colza. – Fourrages pour la consommation. –

Dans les anciennes mesures, une rasière représentait 70 litres de blé et un litre pesait 750 grammes. Une rasière faisait donc 52 1/2 kgs. En 1833, sur les plaines d’Hantes on produisait donc 118 t de froment, 160 t de seigle… Le rendement à l’hectare était plus ou moins de 12,60 hectolitres soit 950 kg. Aujourd’hui on en produit dix fois plus. Au recensement de 1846, 317.967 exploitations (55,5%) sur 572.550 étaient de moins d’un hectare, 247.551 (43,24%) de moins de 50 ares! Il s’agit là à l’évidence non pas d’exploitants agricoles, mais d’agriculteurs occasionnels dont la plupart probablement ne participent même pas aux mouvements commerciaux mais sont auto consommateurs. A cette époque, on estime qu’un adulte, son épouse et trois enfants consomment 915 kg de pains par an. Ce dernier était la principale source d’alimentation avec les pommes de terre. Le porc lorsqu’il est débité, alimentait en viande une famille de 8 personnes et par an. En 1830, un ouvrier agricole gagnait 61 centimes par jour avec la nourriture et 1,08 franc sans nourriture. Au 19e siècle, la nourriture représente plus de 60% du salaire.

Matériel de fauche fin 18e et 19e siècle
Un ouvrier agricole effectuait une fauche de +/- 25 à 30 ares par jour, nommé journal.

Les grandes exploitations d’une superficie de plus de 50 hectares étaient rares et ne représentaient que 0,75 % du royaume.

— Pommes de terre, choux, carottes, pois, haricots et autres légumes. Les jardins et les vergers produisent des pommes, poires, prunes, cerises et noix en petite quantité.

Il y a vingt-sept bonniers environ de bois, taillis, futaie composée de chênes, charmilles et coudriers dont la coupe a lieu de quinze à seize ans ; il y a en outre des hêtres et des sapins propres à la construction.

Dans notre région, un bonnier valait 1,40 hectare.

La culture des terres arables est assez soignée. Il y a sept fermes. Mode de culture : on sème successivement l’orge d’hiver, le méteil, le trèfle et le froment. Fumier et cendres pour engrais.

Les cendres sont utilisées depuis le Néolithique (+/- 8000 ans av J-C) comme engrais pour leur richesse en sels minéraux, notamment en potasse et oligo-éléments. La potasse étant bénéfique au développement des fleurs et fruits telles que betteraves, haricots, pommes de terre, céréales, rosiers, particulièrement gourmands en potasse. Le labourage d’un bonnier est évalué à trente florins.

Charrue Grangé (1832)

Le recensement de 1829 a donné à la commune d’Hantes-Wihéries, quatre-vingt-quinze chevaux, quarante-et-un poulains, quatre-vingt-huit bêtes à cornes, trente-trois veaux, trente porcs, deux- cent-soixante moutons, douze chèvres et seize ânes. Les chevaux sont robustes et propres à l’artillerie.

Bien plus tard, ces listes existent toujours ; 95 chevaux à Hantes pour l’année 1911

Dans les grosses fermes du village, il n’était pas rare de dénombrer une vingtaine de chevaux par exploitation.  Les moutons étaient le plus souvent élevés pour la production de laine destinée aux filatures mais également pour la fabrication de matelas.

Troupeau de moutons dans un champ après la moisson à Eragny de Camille Pissarro (1830 – 1903)

–Quelques ruches. Peu de menu gibier (sans grande importance). Les loups ne se montrent que pendant les hivers rigoureux. Laine, beurre, fromage, miel et cire.

Dans la région de Chimay, le dernier loup a été tué en 1861. Remarquons toutefois qu’à Wihéries nous avons la rue des Loups ; héritage du passé ?

Population : Quatre cent soixante-seize habitants. Il y a eu en 1829, cinq décès, onze naissances et six mariages. 

En 1834, on y comptait quatre-cent-quatre-vingt-un habitants. Habitations : La commune renferme cent quatorze maisons construites en pierres et briques, couvertes en ardoises, pannes et paille et disséminées. Il y a une église, une chapelle et une école primaire. On y remarque le château de Monsieur le baron de Robaulx.

Château de Robaulx

Au début du XIXéme siècle, la « maison élémentaire » était extrêmement modeste et réduite bien souvent à une cuisine et une ou deux chambres et dépourvue d’étage. Les revenus servaient prioritairement à nourrir la famille. Ces habitations de forme rectangulaire abritaient souvent une étable qui hébergeait une ou deux bêtes qui représentaient un revenu supplémentaire aux besoins du ménage. Cette étable était également une source de chaleur non négligeable pour la maison.  L’espace entre l’habitation et la voirie faisait office de cour et recueillait le fumier. La plupart du temps, les gens étaient journaliers avec un emploi précaire et saisonnier.

Commerces et industrie : Il y a une brasserie (la famille Dastot), une tannerie, deux moulins à farine et deux scieries de marbre réunies dans un seul établissement ; sous le régime français, il était en pleine activité ; mais actuellement il chôme souvent (Grand-Pré). – Trois maréchaux- ferrants, un tailleur de pierres, un charron (constructeur de roues de chars), un tourneur en bois, un tonnelier, un vannier et un bourrelier (fabrication de pièces d’attelage pour le travail des chevaux)Le vannier pour effectuer son travail de vannerie, utilisait de l’osier provenant d’une espèce de saule dont les rameaux longs et flexibles étaient coupés chaque année pour tresser des paniers, des ruchers, des nasses de pêche, des mannes à linge… Cette espèce de saule avait besoin d’un terrain bien humide pour pousser idéalement ; ce n’est donc pas étonnant de retrouver les quatre oseraies d’Hantes à proximité immédiate de notre cours d’eau. En 1835, à Hantes, il y avait un mannelier nommé Augustin Willot.

Oseraies à Hantes selon le plan cadastral primitif de 1834

A cette époque, le village possède également un tisserand nommé Augustin Denamur.  A l’aide de son métier à tisser, il fabriquait des étoffes à partir des fils de chanvre, de lin ou de laine.  Il était domicilié à la rue des fontaines, la maison à gauche avant les bacs en pierre.

Un tanneur nommé Joachim Dufour, exerçait son métier à la rue de la fontaine Meurice (indiquée de la sorte dans le plan Popp de 1865).  Son activité consistait à fabriquer des cuirs à partir de peaux d’animaux traitées avec de la poudre d’écorces de chênes (du tan).  Rappelons-nous qu’à Hantes, il y avait un moulin aux écorces qui extrayait ce tannin. Ce n’est certainement pas un hasard si son atelier était situé près de la fontaine.

Dans l’analyse du plan Popp de 1865, nous aurons l’occasion de parcourir les différents métiers exercés au sein du village.

On fréquente le marché de Binche.

Routes et chemins : La route de Mons à Chimay traverse le territoire ; elle passe à un quart de lieue du village. Six chemins vicinaux impraticables dans les temps pluvieux. Il y a un pont en pierres qui fait communiquer le chef-lieu avec la chaussée ; on l’appelle Pont-du-grand-pré.

Chemins de communication vers Hantes-Wihéries en 1738

Se déplacer d’un village à un autre durant la période hivernale, était chose impossible.

Il faut savoir que la loi de 1820 précisait ceci :
Les frais de construction, réparation et entretien des chemins vicinaux restent à charge des communes. Les contribuables de la commune doivent participer à ces frais soit en réalisant leur tâche ou corvée, soit en payant en argent. Les administrations communales feront exécuter les travaux. Les riverains doivent toujours entretenir les fossés, couper les haies et arbres bordant les chemins et recevoir l’eau qui coule des chemins. Le bon état des chemins est surveillé par les commissaires voyers et les gardes champêtres. C’est la raison pour laquelle, le Commissaire voyer établissait pour le village d’Hantes-Wihéries, en 1821, dans le document ci-dessous, la liste des rues avec l’évaluation des charrées et du nombre de journées nécessaires à la réfection de nos chemins.

Chemins vicinaux exercice 1821

L’an 1821, le cinq mai, Nous Commissaire Voyer du canton de Merbes le Château m’étant rendu dans la commune de Hantes-Wihéries où étant accompagné des autorités locales, avons procédé à la première visite des Chemins vicinaux, à effet de connaitre et de constater les travaux et réparations nécessaires à l’entretien des dits chemins.

Chemin allant à Wihéries, il sera placé huit voitures de pierres à partir du trou près la grange Mazy jusque vis-à-vis l’houblonnière Dastot (brasseur à Hantes) aux endroits du dit chemin jugé convenable.

Quatre journées seront employées pour le chargement et placement des dites pierres .

Chemin de la ruelle des vaches (aujourd’hui rue du jeu de balle)

Deux journées seront employées pour remplir les ornières avec les pierres qui se trouvent à proximité.

A Wihéries, en 1830, seule une petite passerelle en bois permettait aux riverains de se rendre à l’église et à l’école. Elle fut remplacée depuis le milieu du 19e siècle par le pont d’Arcole. La ruelle des loups permettait de rejoindre le chemin de Chimay et la chaussée Mons-Beaumont. En 1850, il existait encore une ducasse à Wihéries.

Extrait de la carte de la paroisse de Solre-sur-Sambre levée entre 1701 et 1800

Parmi les sept fermes de l’époque, l’une d’entre elles a complétement disparu ; Il s’agit de la ferme de la Gade. Elle était située à l’angle de la rue de Wihéries et du chemin de Chimay. Elle était la propriété du cultivateur Miot. Trente ans plus tard, après des transformations importantes, elle allait s’appeler « La grand ferme » et devenir la propriété de David Fontenelle, marchand de vaches.

Extrait du plan du cadastre primitif (1834)

Cette ferme allait encore se transformer en 1885 et prendre sa configuration qu’elle a toujours aujourd’hui. Cette année là, le Collège des Bourgmestre et Echevins sollicite l’autorisation de construire une grange en bord de voirie. Ci-joint le document adressé au Commissaire voyer.

Commissaire, Le sieur Vainqueur Victor cultivateur en cette commune, se propose de bâtir une grange sur sa propriété à la jonction du chemin de Wihéries et du chemin de Chimai…, les fondations en sont déjà ouvertes ; afin d’éviter toutes contestations par la suite, nous vous serions obligés de vous rendre sur les lieux pour reconnaitre si le sieur Vainqueur n’empiète pas sur la voirie et au besoin lui tracer son alignement.Veuillez nous aviser du jour que vous aurez choisi et agréez Monsieur le Commissaire l’assurance de notre parfaite considération.

En 1830, Wihéries possédait toujours une petite église ou plutôt une chapelle dédiée à St Géry. Dans sa séance du 18 juin 1855, le bourgmestre Philogène Lengrand et les échevins Halbrecq et Dufour autorisèrent la translation de la cloche de la chapelle vers l’église de Hantes et qu’une clochette la remplacerait au clocher de la chapelle. A la suite de cette décision, le Journal de la Belgique fit paraître cet article :

Le 21 novembre 1863, la députation permanente du Hainaut autorise la démolition de la chapelle et la vente des matériaux.

Le 18 février 1864, ce travail est mis en adjudication et les matériaux sont vendus à Arséne Pallard et Victor Amand pour la somme de 750 frs à charge pour eux de remettre le terrain en état de culture.

La fabrique d’église s’était réservée le bénitier, le coq, la poule, ainsi que les objets historiques que la démolition pourrait mettre à jour.

Rapport du conseil communal de Hantes-Wihéries du 18/06/1855

 L’église et le cimetière qui l’entouraient avaient une superficie de 7 ares 90 centiares. Depuis 1793 l’exercice du culte était suspendu.

Extrait du plan du cadastre primitif (1834)

Article rédigé par Christian

2 commentaires

  1. Muchas gracias ! En effet, Sandra qui nous écrit d’Argentine, est la descendante de Constant Laurent et Floribanne Miot qui étaient propriétaires de l’ancienne ferme « Baudson » dans le tournant de la rue de Wihéries à l’époque de la Belgique indépendante. Un de leur fils a émigré à Buenos-Aires fin des années 1830. Nous reviendrons probablement sur cette histoire dans une publication future…

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