Maurice Augustin Maurage, romancier et journaliste

Biographie

Maurice Augustin Maurage a grandi à Hantes-Wihéries où il est né le 12 juin 1828.  Son père Amaury Maurage a exercé d’abord le métier de cordonnier, puis marchand de vin et ensuite cabaretier dans notre commune.  L’épouse d’Amaury, Augustine Lucq, était originaire de Merbes-le-Château. Maurice était le fils ainé de la famille, composée de 6 enfants ; il avait 3 frères et 2 sœurs.  Les « Maurage » étaient implantés à Hantes-Wihéries depuis la fin du 17eme siècle.  Philippe Maurage, père d’Amaury, était échevin à Hantes.

Extrait du registre de l’état civil de la commune d’Hantes-Wihéries de 1828

En 1831, les parents de Maurice Augustin étaient propriétaire de plusieurs terres de culture, d’une maison (40), de deux parcelles de jardin (41-150) et d’un bâtiment rural (149) situés dans la rue de la place (actuelle place Robaulx), ainsi qu’un verger (32) situé rue des fontaines en face de la fontaine du point du jour (terrain occupé de nos jours par une grande villa entourée d’un très beau jardin).

Plan extrait du cadastre primitif de la commune d’Hantes-Wihéries – 1831

Le recensement de la population de 1846 nous indique que Maurice était domicilié avec ses parents dans la maison familiale sise en haut de la place de Hantes. Le fronton de l’entrée principale de cette demeure porte le millésime « 1849 », gravé dans la pierre, qui indique l’année de sa construction ou vraisemblablement plutôt l’année de sa restauration puisque le bâtiment existait déjà avant cette date. Elle est précédée d’une large cour dans laquelle avaient poussé deux superbes tilleuls qui auraient été enlevés par un certain Mr Titeux. L’habitation s’appelait « la maison des deux tilleuls ». En 1939, elle appartenait à la famille Blairon (source: manuscrit de Cincinnat Renaux en juillet 1939).

« La maison des deux tilleuls »
Millésime 1849

C’est donc dans cette maison où l’écrivain Maurice Maurage a grandi. En 1846, âgé de 19 ans, il était militaire.  Officier, il se destinait à faire une brillante carrière dans l’armée.  Mais il en fut tout autrement !  Passionné par les lettres et avide de savoir, il se mit à écrire, d’abord des nouvelles, ensuite des romans.  Sa spécialité était les romans historiques et il avait assez bien de succès à l’époque.  Il commença par raconter l’histoire de France pour ensuite se focaliser sur l’histoire de son pays.  Il aimait particulièrement la période pendant laquelle nous appartenions aux Pays-Bas Espagnols.  Il fut propulsé par son éditeur Jean auguste Schnée.  Mr Schnée était l’époux d’Elisa Wilmet, fille d’Antoine Wilmet, maitre des forges du pont d’Hantes, situées à Solre de l’autre côté de l’actuelle rue de Thuin, à deux pas de notre village.  Dans son jeune âge, Maurice Maurage avait du côtoyer les enfants Wilmet.  Il était un proche de la famille du maitre de forges.  Il a d’ailleurs dédicacé deux de ses romans à ses amis d’enfance : Elisa et Gustave Wilmet.  Augustin produisit un grand nombre de romans entre 1850 et 1860.

Extrait du roman Le sanglier des Ardennes – A. Maurage – Editions Schnée – Bruxelles – 1857

En mai 1863, alors âgé de 35 ans,  il se maria avec Justine Loret, dame originaire de Malinnes, fille d’un facteur d’orgues.  Le couple donna naissance à un seul enfant : François en 1866.  Son épouse décéda subitement en avril 1871 alors âgée seulement de 35 ans.

Quelques temps avant son mariage, Maurice Maurage mit de côté les romans historiques mais n’abandonna pas l‘écriture pour autant.  Il devint journaliste et rédacteur pour le journal « L’étoile belge », quotidien libéral bruxellois fondé en 1850.  Jusque à la fin des années 1880, il occupa une place importante au sein de la presse libérale.  Il rédigeait principalement des articles liés à la politique intérieure de son pays.  En tant qu’ancien militaire, il aimait particulièrement aborder les sujets liés à l’armée et à la défense de la patrie.

Après 1871, il habitait à Saint-Josse-ten-Noode, rue de Bériot au n°26.

Le 18 aout 1873, Maurice se maria pour la seconde fois.  Il épousa Marie Henriette Panvier à Bruxelles.  Un second fils naquit de cette union en décembre 1874 : Auguste Maurage.

Maurice Augustin Maurage décéda le 29 septembre 1894 dans sa demeure de Craainem où il profitait de sa retraite.  Il était atteint d’une maladie depuis de nombreuses années.  Il en atténuait les souffrances grâce à l’homéopathie dont il était un adepte convaincu.  Il fut inhumé dans le cimetière de Craainem.

Portrait de Maurice Augustin Maurage

Un article paru dans le journal « Le petit bleu du matin » du 1er octobre 1894 rend hommage à l’écrivain natif de Hantes-Wihéries.  Voici la retranscription de cet article :

« L’étoile belge annonce la mort d’un de ses anciens collaborateurs, Maurice Maurage, qui pendant plus de 25 ans fut l’un des principaux rédacteurs de ce journal où il était chargé de la politique intérieure.  Maurage avait commencé par la carrière militaire.  Aussi s’intéressa-t-il toujours à la défense nationale.  Il avait gardé dans l’armée des relations qui lui demeurèrent fidèles jusqu’au dernier jour.  Le général Brialmont qui l’appelait familièrement « mon vieux philosophe », bien que son ainé de plus de dix ans, était en correspondance régulière avec lui.

Avant d’entrer dans le journalisme, Maurage avait écrit des romans de cape et d’épée qui trahissaient le culte de Dumas père et faisaient pressentir Ponson du Terrail.  Il y a quelque trente ans, au lendemain des meetings antimilitaristes d’Anvers, et alors que l’étoile de M. Paul Janson se levait à l’horizon des meetings bruxellois, il imagina de présenter sous la forme romanesque ses idées politiques et militaires.  De là, une fiction de pseudo-réalisme électoral, dont le futur leader du parti progressiste était le héros masqué.  Ce roman national et contemporain parut en feuilleton dans l’Etoile belge, où il obtint un vif succès de curiosité.

Les articles de Maurage étaient d’un libéral sincère et prudent, et d’un journaliste habile à exposer ses vues dans un style accessible à la majorité de ses lecteurs.

L’homme était bon, affable, plein d’ardeur au travail.  C’était un convaincu et il aimait son métier.  Même dans la retraite où il s’était confiné depuis six ans, il continuait à se tenir au courant du mouvement des esprits et de l’évolution des faits, et ses intimes, lorsqu’ils allaient le relancer dans sa petite propriété de Crainhem, près de Tervueren, étaient charmés de la chaleur de cœur et de la verve de parole qui attestaient sa persistante vitalité intellectuelle et morale.

Malheureusement, une maladie grave et lente guettait le vaillant lutteur de la presse.  Elle a fini par emporter Maurage, âgé seulement de 66 ans.

C’est avec un profond regret que nous disons adieu à cet excellent confrère, brave garçon s’il en fut, et très aimé de tous ceux qui l’ont connu. »

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Bibliographie

Parcourons l’ensemble de l’œuvre de notre écrivain:

Une demoiselle de Saint-Cyr, 1847

L’homme au masque de fer, 1849

Les Mystères de Gand, 1851

Miniatures. Poésies, De A. Maurage & E. Severyns, Editeur E. Hoyois, Mons, 1853

Mémoires d’un Ange, 2 volumes, Editeur Librairie de Rozez, Bruxelles, 1853

La marquise de Rumini, 2 volumes, Editeur Lebègue, Bruxelles, 1853

Physiologie du genre humain, De A. Maurage & E. Severyns

Les éperons d’or, 2 volumes

Les Jeux du hasard, Editions Schnée, Bruxelles, 1853

Les roueries du chevalier de Crèvecœur, 2 volumes

Geneviève de Sickingen, 3 volumes, 1854

Madame de chateaubriant, 3 volumes, Editeur Schnée, Bruxelles, 1854

Royales amours : Diane de Poitiers, 3 volumes, Editeur Schnée, Bruxelles, 1855

Royales amours : La duchesse d’Etampes, 3 volumes, Editeur Schnée, Bruxelles, 1855

Le capitaine de gueux, 2 volumes, Editeur Schnée, Bruxelles, 1857.

Résumé par l’éditeur :

M. Alexandre Dumas a écrit une partie de l’histoire de France sous la forme la plus attrayante et en même temps la plus spirituelle.  M. Maurage a parfaitement suivi la méthode du maître pour présenter à ses lecteurs l’histoire des Pays-Bas.  A côté des grandes guerres qui ont illustré ces héros qui faisaient des Pays-Bas le boulevard de la liberté du monde, M. Maurage a su encadrer, dans une fable charmante et pleine de naïveté, tout ce que l’histoire pouvait avoir d’un peu aride.

Le Ruwart : chronique flamande du XIIIe siècle, Editeur Schnée, Bruxelles, 1857

Le sanglier des Ardennes, 2 volumes, Editeur Schnée, Bruxelles, 1857

Résumé par l’éditeur :

Ici, M. Maurage, dans une composition remplie de verve et de sentiment, nous montre à quel degré de force et de puissance était arrivée la commune flamande au XVe siècle ; comment la bourgeoisie et le peuple de Gand soutenaient la lutte engagée par Charles le Téméraire, en mettant sa fille sous la tutelle des échevins de l’hôtel de ville et des tribuns de la place publique.  Marie de Bourgogne, touchante et gracieuse héroïne, est une des plus suaves créations du roman moderne, et M. Maurage a développé dans cette étude toute la verve et la poésie de sa riche imagination.

Les deux compères ou la revanche de pavie, 3 volumes, Editeur Lebegue, Bruxelles, 1857

Résumé par l’éditeur :

François 1er est le favori de M. Maurage, le sujet de ses plus piquantes moqueries.  On a vu dans les Royales amours, comment l’auteur a montré son héros créé chevalier à la bataille de Marignan, puis vaincu à celle de Pavie.  Il le montre aujourd’hui prisonnier de Charles-Quint, et le roman des deux compères débute le jour de la signature du traité par lequel le roi gascon engage une partie de la France pour recouvrer sa liberté.  Alors commence l’une des plus folles histoires qui aient été racontées.  L’un des deux compères a pour lui le génie, l’autre l’esprit : tout ce que l’un obtient par la force, l’autre le reprend par la ruse. – Comment François 1er épouse secrètement la sœur de son ennemi et lui souffle sa maitresse ; comment il s’y prend pour ne tenir aucune des clauses du traité qu’il a signé, et par où il doit passer pour se retrouver dans son lit avec la chemise d’une des dames d’honneur de sa mère ; comment Mme Renée de France, une enfant de seize ans, parvient à déjouer toutes les manœuvres qui ont pour but de lui ravir son amant et de lui faire épouser le prince de Ferrare ; comment un pauvre moine se voit réduit à servir comme lansquenet dans les armées de l’empereur, et comment celui-ci, pour trancher les fils de mille intrigues qu’il ne peut débrouiller, fait saccager Rome ; comment enfin le roi gascon provoque le colosse à un duel à mort et finit, pour se tirer de cette nouvelle affaire, par annoncer au parlement de Paris son mariage secret avec Mme Eléonore d’Autriche : c’est ce qu’on sera curieux de voir.
L’auteur, pour écrire ce livre, a dû faire d’immenses recherches historiques, et a déployé une grande habileté pour enchevêtrer avec art tant de péripéties.  Tous les personnages de cette joyeuse comédie ne plaisantent pas, il s’en faut ; mais il n’en est pas un qui ne provoque les éclats de rire de la galerie.

Le froc et l’épée, 2 volumes, Editeur Lebegue, Bruxelles, 1859

Ascendance et descendance

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Nous serions incomplet si nous terminions cet hommage sans parler de l’un des deux fils de notre écrivain qui fut un grand musicien au début de 20eme siècle.

Auguste Henri Urbain ou Augusto Maurage était un violoniste et compositeur argentin d’origine belge.  Elève au Conservatoire Royal de Bruxelles, il fut formé par d’illustres professeurs tels que Eugène Ysaÿe pour le violon et François-Auguste Gevaert pour la composition.  Après ses études, il organise une tournée de concerts à travers la France et ensuite aux États-Unis.  En 1904, il s’installe à Buenos Aires, où il se produit comme violoniste, chef d’orchestre et professeur de violon sous le nom d’Augusto Maurage et sous le nom de scène « A. Guerama ».  Il compose alors plusieurs opéras qui eurent un succès important sur le continent sud-américain.  Ces œuvres sont complétées par des œuvres pour violon et piano et des chansons associées au genre musical du tango argentin.  Il est à l’origine de la mélodie argentine « Mi rancho vieje ».

Augusto Maurage est décédé le 12 juin 1925 à Buenos-Aires.  Il fut inhumé à Paris dans le cimetière de Boulogne-Billancourt.

Article rédigé par Jérôme

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