Mars 1914 – Le tram à Hantes-Wihéries

Le 5 mai 1835 marque une date historique pour notre pays. En effet, c’est ce jour- là que fut inaugurée la première ligne de chemin de fer reliant Bruxelles à Malines.

La ligne Charleroi-Erquelinnes fut ouverte le 11 octobre 1852.  Quelques années plus tard, dans la seconde moitié du 19e siècle on allait assister au développement prodigieux de l’industrie et du commerce. Notre pays, en pleine mutation sociale et économique, devait répondre aux besoins croissant des transports. Toutefois, en raison du coût élevé des grandes voies ferrées qui ne pouvaient desservir que les axes de circulation principaux, très rapidement, la création d’un réseau complémentaire favorisant les échanges commerciaux, devenait primordial. C’est ainsi que fut créée pour une durée illimitée la S.N.C.V ; Société des Chemins de fer Vicinaux par la loi du 28 mai 1884. Le mot vicinal désignant le fait de relier des villages voisins. Pour chaque ligne à construire, un capital propre devait être constitué pour couvrir les investissements nécessaires. Les actions, une série par capital, devaient être acquises à 50% par l’État, 25 ou 33% par la province et le solde par les communes concernées, voire les particuliers intéressés. Une fois l’accord trouvé pour la souscription des actions, la ligne pouvait être construite par la Société.

Dix ans plus tard, le réseau comptait déjà 1340 km de voies exploitées en traction vapeur. A la veille de la première guerre mondiale, la S.N.C.V pouvait disposer de 4000 km de lignes dont 400 km exploitées à l’électricité.

1899, les premiers contacts – La ligne de Beaumont à Solre-sur-Sambre

C’est dans sa séance du 5 septembre 1899 que Monsieur le bourgmestre d’Hantes-Wihéries, Adolphe Horgnies, donne lecture d’une lettre de Mr le Gouverneur relativement à une participation pécuniaire pour frais d’études, pour l’établissement d’un chemin de fer vicinal de Solre-sur-Sambre à Beaumont. Le conseil, après délibération, décide que la Société des Chemins de fer vicinaux peut étudier le projet mais qu’il ne supportera aucune dépense relative à cette étude ; le chemin de fer comme il est proposé ne rendra pas de services aux habitants de la commune. Toutefois, si le chemin de fer vicinal traversait la commune, le conseil pourrait revenir sur sa décision.

Le conseil se composait à cette date de : Ad Horgnies, bourgmestre, Désiré Fayt, échevin ainsi que Adolphe Renaux, Victor Anciaux, Agénor Pantot et Victor Renson, conseillers.      

Le 26 septembre 1901, le Conseil communal après avoir pris connaissance du Mémoire descriptif de la Société Nationale des chemins de fer vicinaux relativement au chemin de fer vicinal de Binche à Beaumont, autorise Mr A.Horgnies, Bourgmestre, à représenter la commune à une séance de toutes les communes intéressées qui aura lieu à Binche et à proposer un capital de Quinze mille francs, quote-part de la commune dans les frais d’installation de la ligne.

Le 5 novembre 1901, le Conseil communal revient sur sa délibération du 26 septembre et décide de porter sa part d’intervention à la somme de trente-trois mille francs, chiffre porté au devis estimatif présenté par la Société Nationale des chemins de fer vicinaux.

Un an plus tard, le 5 novembre 1902, le Conseil communal fixe son chiffre d’intervention pour la formation du capital nécessaire à la construction et à l’acquisition du matériel d’exploitation du Chemin de fer vicinal et passe alors au vote à l’unanimité la somme de trente-trois mille francs. Pour l’anecdote mais qui n’en était pas une pour l’époque, quinze jours plus tôt, le Conseil communal avait autorisé l’Administration des Télégraphes à Bruxelles, à placer treize poteaux nécessaires à la construction d’une ligne téléphonique de l’État, sur les chemins de la commune. Véritable révolution dans le domaine de la communication même si très peu de gens vont posséder un téléphone en ce début de siècle. Au début des années 60, mes parents se rendaient de Grand-Pré jusque chez Marius Meunier, tenancier d’un café place du Jeu de balle, lorsqu’ils avaient besoin d’effectuer un appel téléphonique .

La ligne s’étendra vers Bersillies

Dans sa séance du 2 décembre 1903, le Conseil communal après avoir pris connaissance de la lettre de l’Administration communale de Binche, décide que le capital de la ligne vicinale de Binche à Beaumont pourra être fusionné avec celui de l’embranchement de Solre-sur-Sambre à Bersillies-l’Abbaye, frontière, sans toutefois que le capital souscrit ne soit augmenté.

Enquête commodo et incommodo

En date du 28 mai 1905, le Conseil communal prend connaissance du procès-verbal d’enquête commodo et incommodo sur la demande de la Société anonyme des Chemins de fer vicinaux tendant à obtenir l’autorisation d’établir un chemin de fer vicinal de Binche à Beaumont ; aucune opposition n’ayant été formulée, après avoir pris connaissance des plans de la ligne projetée, du projet, du cahier des charges et du mémoire descriptif, décide : En conformité de l’art. 8 de la loi du 22 juillet 1885, d’approuver le tracé de la ligne de Binche à Beaumont présenté par la SNCV.

Le 10 juin 1905, le Conseil approuve l’augmentation de trois mille francs pour constituer le capital nécessaire à la construction et à l’acquisition du matériel d’exploitation des chemins de fer vicinaux (ligne de Binche à Beaumont) ligne fusionnée avec celle de Bersillies-l’Abbaye et Cousolre. L’intervention de la commune avait été fixée jusqu’à concurrence de 36000 francs qu’elle libérera au moyen d’annuités à concurrence de 1260 frs pendant 90 années.

Dans le Moniteur Belge du 24 février 1907, on peut y lire : Vu les délibérations des conseils communaux ci-après, relatives à l’intervention des communes dans la formation du capital au montant de 1.920.000 francs afférent à la ligne vicinale de Binche à Beaumont et de 540.000 francs afférent à l’embranchement de Solre-sur-Sambre à Bersillies-l’Abbaye, soit ensemble 2.460.000 francs, savoir : Montignies, délibération du 1er juin 1905, Vellereille-lez-Brayeux, délibération du 23 avril 1904, Hantes-Wihéries, délibération du 10 juin 1905 ………

L’État interviendra pour la moitié (1.230.000 francs) , la Province pour un quart et les communes pour le quart restant.

Deux ans plus tard…le 14 mars 1909, le Conseil prend connaissance du tracé du Chemin de fer vicinal de Binche à Beaumont avec embranchement pour Bersillies-l’Abbaye ; cet embranchement traversant le territoire de la commune de Hantes-Wihéries, lieu-dit la Thure, le Conseil décide que l’enquête de commodo et incommodo sera placardé à partir du 15 de ce mois. Un avis sera adressé à chaque riverain, de la date et du lieu de l’enquête. Le procès- verbal sera dressé le 31 courant à 10h du matin en présence de Mr le Bourgmestre ou d’un de ses délégués.

Le tram qui se rendait à Bersillies, passait par le hameau de la Thure, situé sur le territoire d’Hantes-Wihéries.

  En 1910, la Société Nationale des chemins de fer vicinaux avait décidé du trajet dont nous gardons encore aujourd’hui le tracé. Le Conseil communal dans sa séance du 27 octobre 1910 avait décidé de ne pas approuver la modification proposée du tracé de la ligne vicinale de Binche Beaumont dans la traverse de la commune et de proposer à la Société Nationale la modification de tracé suivant : Le tracé partirait du territoire de Solre-sur-Sambre, chemin de Chimay, se rapprocherait du pont de la rivière « La Hantes » ; par une emprise dans la propriété N° 518b, suivrait le chemin n° 1 dit ‘ grand chemin de Fontaine’, jusqu’au lieu -dit « Calvaire de Hantes » ; par une courbe à droite le tracé suivrait le chemin n°3 dit « chemin du Calvaire », aboutirait par quelques emprises près des écoles communales, place du jeu de balle et de là pourrait rejoindre l’ancien tracé prévu.

En blanc, le trajet souhaité par la Commune mais qui ne fut pas réalisé.
En vert, le trajet retenu.

C’est en mars 1912 que commencèrent les travaux d’aménagement de la ligne du vicinal reliant Solre-sur-Sambre à Montignies-Saint-Christophe. Cette ligne partait de la bifurcation située au niveau de la pharmacie (Mr Petit) et permettait de là, de rejoindre Bersillies-l’Abbaye ou Montignies-Saint-Christophe via Hantes-Wihéries.

La bifurcation à hauteur de la pharmacie permettait au tram de se diriger vers Hantes-Wihéries.

Le 7 mars, le Conseil accorde à l’entrepreneur de la ligne de chemin de fer vicinal, l’autorisation d’établir sur un terrain communal, lieu-dit St-Druon, une baraque en planches pour y loger ses ouvriers seulement pendant les travaux. Le Conseil communal accorda également à cet entrepreneur, l’autorisation d’employer des explosifs sur le territoire de la commune durant cette construction. L’emprise de terrains communaux nécessaire à la construction de la ligne de chemin de fer vicinale représentait une superficie de 87 ares et 55 centiares et fut vendue pour la somme de 5812 francs. L’emprise totale en incluant les particuliers, représentait une surface totale de 2 hectares 58 ares et 23 centiares.

En 1913, le cours de la rivière à hauteur de la rue d’en-bas, dû être modifié pour permettre un meilleur tracé de la ligne.

En bleu, le tracé modifié de la Hantes.

La gare de chargement

Une gare de chargement qui servit surtout après la guerre 14-18 pour charger les betteraves provenant de la ferme Lengrand avait été aménagée derrière la brasserie. Les betteraves étaient ensuite acheminées vers la sucrerie de Solre-sur-Sambre.

En orange, la gare de chargement; actuellement le chemin menant aux terrains de pétanque.

Dans le Moniteur Belge du 24 février 1907, l’Arrêté Royal avait fixé le prix du billet. Le billet simple en 1ere classe coûtait 7 centimes du km avec un minimum de 15 centimes. Le même billet en 2eme classe coûtait 5 centimes du km avec un minimum de 10 centimes. Un billet aller/retour revenait au double moins 20 %.

En cas d’embarquement de marchandises, il en coûtait une somme de 30 centimes pour 20 kg et moins. Le trajet long de 4,3 km, partant de la bifurcation de Solre jusqu’au terminus de Montignies, durait 15 minutes.

Venant de Binche, la traversée de la Sambre à Merbes-le-Château.

A Solre, le tram débouchait 100 mètres plus bas que la gare pour reprendre la rue de la gare et se diriger vers la Cavée.

Ici à hauteur de l’imprimerie devenue par la suite la Poste de Solre-sur-Sambre.

Il y avait trois arrêts dans le village à savoir rue d’en-bas, Maison communale (derrière les écoles) et chemin de Grand-Pré.

L’ancien tracé du tram avec au bout du sentier, la limite Hantes-Montignies.

Le tram photographié ici au terminus à Montignies-Saint-Christophe probablement aux alentours de 1921, occupa une place importante dans l’histoire de notre village. Les travaux d’aménagement de la ligne débutèrent en 1912 et celle-ci devint effective en mars 1914, elle dut toutefois interrompre toutes formes de transports (passagers, marchandises) à partir de mai 1917.

Après que l’on eut remonté les rails, la ligne reprit ses activités en octobre 1921 pour s’interrompre de nouveau en juin 1940. La voie existante resta inutilisée durant 2 ans et en 1942 le tram circula de nouveau mais s’arrêta définitivement en avril 1943.

Un hantois chauffeur du tram

Octave Philippe est né le 14 mai 1897 à Merbes-le-Château. Il vient par la suite demeurer à Hantes-Wihéries où il sera domicilié avec son épouse, Luce Rémont, au n° 26 de la rue d’en-bas. Comme on peut le voir sur sa carte de contrôle durant la Première guerre mondiale, en 1916, il est déjà repris comme « bahnarbeiter » ce qui signifie « cheminot ». La liste des électeurs de 1929 le mentionne comme « chauffeur ».

En 1949, Octave et Luce résidaient au n°18 de la rue du Chêneau avec leurs deux filles Alexisa et Octavie et leur fils, Roland. Octave était alors « piocheur aux vicinaux ».

Il décédera le 29 mars 1968 à l’âge de 70 ans.

Octave Philippe
Merci à Michelle Philippe, petite-fille d’Octave, pour le prêt de ces documents.
Octave Philippe, avec sa pipe, photographié au terminus de Bersillies-l’Abbaye après rétablissement de la ligne en 1921.
Les douaniers posant devant le tram à Bersillies-l’Abbaye.
Bersillies-l’Abbaye. Vue sur la rue de la Thure avec le bureau des douanes et le terminus du tram à l’avant-plan.

Les vestiges du passé

Sur le territoire du village d’Hantes, en suivant le parcours emprunté jadis par le tram, on peut encore observer de nombreux ouvrages d’art réalisés lors de la construction de la ligne Solre-sur- Sambre – Montignie-Saint-Christophe.

En contre-bas du Staul.

Le déversoir

Quelques dizaines de mètres avant de croiser la rue du Vieux Moulin, on aperçoit encore le déversoir qui était à l’époque du tram surmonté d’un réservoir destiné à alimenter les locomotives en eau. Les premières locomotives pouvaient embarquer 2000 litres d’eau et 650 kilos de charbon.
L’eau provenait de la fontaine du jeu de balle créée en 1894 ; l’excédent était ensuite remis à la Hantes.

L’aqueduc

Cent cinquante mètres avant la limite Hantes-Montignies, un aqueduc avait été construit sous la voie. Celui-ci permettait d’évacuer les eaux qui auraient pu s’accumuler du fait de la topographie du bois situé à gauche des voies (en direction de Montignies), mettant de la sorte en péril la stabilité de l’ouvrage.

Le bout du tunnel…de 7 mètres.
Montignies-Saint-Christophe. Le tracé encore visible avant le franchissement de la route de Mons.

Le tram descendait ensuite jusque la carrière de Féfu pour y charger les pierres destinées à la construction d’ouvrages. L’année 1936 marqua la fin de l’exploitation de cette carrière.

La traversée de Montignies en direction de Féfu. Le tronçon qui devait relier Montignies à Beaumont ne fut jamais réalisé.

La carrière de Féfu

La carrière de Féfu à Bousignies, terminal de la ligne Solre-sur-Sambre-Montignies.
Emplacement du chargement des wagons.

Héritage du Passé

Voilà quatre-vingt ans que la ligne Solre-sur-Sambre-Montignies-Saint-Christophe n’est plus en activité mais elle nous a laissé en héritage un merveilleux sentier de promenades à travers le village. Le sentier du tram, comme le nomme les hantois, nous offre de magnifiques panoramas tout au long des 2,5 kilomètres qui relient le dessus de la Cavée à la rue de St-Anne. Au cœur d’une Nature préservée et d’une biodiversité bien présente, les nombreux promeneurs seront ravis de remonter les sentiers de l’histoire.

Le charme évident de la vallée de la Hantes.

Cet article pourra être complété en fonction de nouvelles découvertes.

Article rédigé par Christian