-Contexte général –
L’objectif de cette rubrique n’est pas de réécrire l’histoire de la Première guerre mondiale ; des milliers de livres, documents, mémoires ont été publiés depuis plus d’un siècle, mais bien de partager tous les éléments en notre possession en relation directe avec le village d’Hantes-Wihéries et ses environs immédiats durant ce conflit qui dura du mois d’août 1914 à novembre 1918.
Toutefois, une brève description du contexte géopolitique de l’époque, des tensions et des Alliances, nous paraît opportun avant de relater les différents faits qui ont marqué le village d’Hantes-Wihéries pendant plus de quatre années.
Au début du 20éme siècle, l’Europe dominait le monde mais les grandes nations européennes ne s’entendaient pas entre elles et elles essayaient sans arrêt de prendre l’avantage les unes sur les autres. Les puissances, à cette époque, étaient, d’un côté, l’Allemagne, où régnait l’empereur Guillaume II, l’empire Austro-Hongrois dirigé par l’empereur François-Joseph, la Bulgarie et l’Empire Ottoman (l’actuelle Turquie). Ces pays couvraient quasi le centre de l’Europe.

Face à ce bloc, on trouvait les Puissances Alliées composées de la Serbie, de la Russie, de la France, du Royaume-Uni, de l’Italie, de la Belgique et des Etats-Unis.
L’Allemagne à cette époque était économiquement très forte et la puissance de son industrie avait permis d’accroître considérablement ses capacités militaires. Une armée particulièrement équipée et entraînée et une flotte juste derrière le Royaume Uni, préparaient le Premier conflit mondial. L’Allemagne convoitait les richesses de l’Angleterre et de la France mais également leurs colonies.
Depuis 1870, l’Allemagne se préparait à reprendre les armes, elle n’attendait plus que le prétexte… C’est l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand neveu de François-Joseph par un nationaliste serbe, Gavrilo Princip, qui permit à l’Autriche de déclarer la guerre à la Serbie le 28 juillet 1914 après s’être assuré du soutien de l’Allemagne. Le 1er août, faisant suite à la mobilisation générale russe, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie, alliée de la Serbie.

Le 2 août, la Belgique, pays neutre, reçoit de l’Allemagne, une demande d’autorisation de passage sur son territoire. Le 3 août, notre pays ayant refusé, malgré les dommages proposés, est envahi et voit l’Allemagne déclarer la guerre à la France. Le lendemain, la Grande Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne. C’est le début de la Première guerre mondiale qui fera 10 millions de morts dans les armées engagées et 10 millions de morts parmi les vieillards, femmes et enfants. 21 millions de blessés viennent compléter ce triste tableau.
Les chiffres de la Belgique sont pour une population de 7,4 millions : 41000 militaires tués, 44 686 militaires blessés et 25 000 civils tués.
Le mois d’août 1914 dans notre région
Observations faites depuis le Pensionnat des Ursulines à Montignies-Saint-Christophe
En France, au début du XXe siècle, la politique anticléricale menée par le Gouvernement d’Emile Combes, va aboutir en 1904 à l’interdiction d’enseignement à toute Congrégation religieuse. La loi du 3 juillet 1905 sur la séparation de l’Eglise et l’Etat est votée après de nombreux amendements. Elle reconnaît la liberté de conscience et le libre exercice des cultes mais n’en salarie ni n’en subventionne aucun.
En 1907, les Ursulines seront réduites à chercher un refuge sur une terre étrangère où les exilaient les lois de 1901 et 1904. Elles seront finalement expulsées de leur couvent de Saint-Pol-de Léon, en Bretagne, le 12 décembre 1907.
De nombreux parents ont alors souhaité que leurs enfants accompagnent et poursuivent leur scolarité auprès de ses Sœurs Ursulines durant leur séjour à Montignies Saint Christophe.


Dans un livre intitulé « Trois cents ans d’apostolat » et écrit par le Chanoine Mesguen en 1929, j’ai eu le plaisir de découvrir la description quasi au jour le jour de tout ce qui se déroula à Montignies et environs, durant le mois d’août 1914.
Voici donc un résumé de ce que les Sœurs occupant le château relatent quotidiennement :
1er Août (matin). — Ce matin, nous voyons avec effroi le drapeau belge flotter sur le clocher de Montignies. La guerre franco-allemande est désormais inévitable. Mais la Belgique a-t-elle donc quelque chose à voir dans cette collision de ses deux grands voisins ? Pour qui prendrait-elle parti ?
1er Août (Soir). — Notre Mère revenue, dès ce soir, de Tournai, nous a renseignées : l’Allemagne masse ses troupes sur la frontière belge ; aux demandes d’explications d’Albert 1er, elle ne daigne même pas répondre. La mobilisation de la petite armée belge est donc commencée. Déjà, le 30 juillet, l’effervescence était grande dans les gares. Des cris de : « Vive la guerre ! Vive la mobilisation ! » éclataient partout, impressionnant vivement nos voyageuses. Au repas qui a suivi la Cérémonie, Notre Révérende Mère Provinciale leur a appris que la violation de la neutralité belge était chose faite ; en conséquence, chevaux, voitures, automobiles sont réquisitionnés et sous peu, les voies ferrées elles-mêmes seront inaccessibles au public.
« La surexcitation est générale », nous dit Notre Mère. Dans les gares, ce sont des scènes déchirantes : adieux des mères, des épouses, des enfants aux soldats réclamés par la patrie.
2 Août – La guerre entre la France, la Russie, la Serbie d’une part, l’Allemagne et l’Autriche d’autre part, est officiellement engagée.
3 Août – Ce soir, on nous annonce que les troupes allemandes déferlent sur la Ville de Liège. La Belgique et l’Angleterre entrent en lice à leur tour. En attendant l’arrivée des Anglais, les trains transportant des soldats français arrivent au secours de la frontière violée. Dans la soirée, nos élèves françaises vont saluer leurs compatriotes à Solre-sur-Sambre. Au village, les femmes sanglotent …
4 Août – Plus de service douanier entre la France et la Belgique. On va, on vient librement à condition de n’être pas suspect… Car les espions pullulent dans toutes ces villes frontières et des arrestations journalières sont opérées.
7 Août – Un appel téléphonique de France. Le maire de l’ile de Batz réclame sa fille et annonce « Qu’on dispose des draps et des serviettes en faveur des blessés ». Départ aussi des élèves irlandaises pour l’Angleterre via Ostende, s’il en est encore temps. Les autres pensionnaires restent. Nous espérons que les Allemands seront rejetés, sans retard, au-delà des frontières.


13 Août – Du pain de guerre. Sr M Elisabeth et Hélène Gaillard (une future Ursuline) sont allées aux provisions à Binche. Ni sel, ni sucre, ni riz, ni chocolat…Des soldats anglais remplissent la ville : d’où la pénurie des vivres.
Liège tient toujours ou plutôt les forts seuls tiennent. Les journaux rapportent des faits héroïques accomplis par la vaillante armée belge…
18 Août – Une violente bataille est engagée du côté de Namur-Dinant. Les français y seraient en grand nombre.

19 Août – Des autos militaires passent à fond de train dans la direction de Beaumont-Maubeuge. Les journaux ne paraissent plus. Le canon s’entend de deux côtés opposés : à l’est, venant de Namur ; au Nord-Ouest, venant d’où ? De la fameuse plaine de Waterloo ? Chaînes tendues en travers des routes, aux carrefours…, contrôle des passeports par des gardes civiques.

20 Août – Exclamations des enfants : le dirigeable de Maubeuge qui passe à très faible hauteur. On distingue les hommes dans la nacelle et, à l’arrière, nos trois couleurs ! En temps de paix, nous admirerions nous aussi cet aérostat en forme de cigare gigantesque, glissant légèrement dans le ciel bleu, au-dessus des sapins, dans un soleil radieux qui donne des reflets d’or à l’enveloppe jaune du dirigeable. Mais la douceur de cette matinée d’août ne peut nous faire oublier la guerre.
Dans la matinée, des soldats anglais passent devant la grille. Notre Mère Marie Emmanuel envoie M. Marie Ursule d’Ombrain leur offrir quelques rafraîchissements.
Dans l’après-midi, nos élèves vont à Bousignies-sur-Roc où campe un assez fort contingent de soldats français… Dans la soirée, c’est à Montignies même que s’arrête un régiment français. O joie ! Ce sont des Bretons de Vannes ! Commandés par le capitaine de la Fare, parent de Mère Sous-Prieure.
Mère Prieure les invite à Villa Maria (le château) pour se restaurer. Mais la consigne est formelle : les soldats ne peuvent s’écarter de leur lieu de campement. Alors, qu’on leur apporte sur place pain, chocolat, beurre et bière.
La sympathie de la population belge les émeut… Ils sont pleins d’allant, sûrs de vaincre…Et nous-mêmes, à leur contact, nous reprenons confiance.
21 août – De nouveaux régiments français vers 10h. Quand ils passent sous nos murs, le cri de « Vive la France » jaillit de nos cœurs. Quelques instants après, les officiers nous font demander si nous pourrons loger quelques-uns d’entre eux. Mère Prieure met à leur disposition tout le Pensionnat. Une table est dressée au parloir pour le repas de midi. Tout le jour, les pantalons rouges vont et viennent dans notre parc. Ils appartiennent au 18eme de Bayonne.
La préoccupation des chefs est visible. A mi-voix ils se concertent, ils consultent leur carte et ne font guère honneur au succulent repas qui leur est servi. Au dessert, notre chorale leur fait entendre le chant de Botrel. Tous sont émus.
Une parenthèse : Nous apprendrons plus tard que l’un de ces hôtes du 21 août, tombé au champ d’honneur le 16 septembre 1914, le lieutenant Léon Asson a noté cet accueil des religieuses :
« A Montignies, petit village de 400 habitants, aux
maisons essaimées dans un nid de verdure, j’installe la
popotte dans le couvent des Sœurs françaises de Saint-
Pol-de-Léon. Ces bonnes Sœurs sont dans le ravis-
sement de voir les uniformes français. Toute la com-
munauté nous entoure, et la supérieure, fort affable,
nous fait dresser une table dans le salon de réception.
Nous faisons un excellent repas arrosé de bons vins.
« Ma section est commandée pour garder la route de Mons. Une demi-section prendra le service de
jour, et l’autre, le service de nuit ; un sergent est chef de poste mais comme la cavalerie ennemie est signalée à une très courte distance (30 kilomètres environ), je tiens à être souvent avec mes hommes ,et, ce soir, je prends la résolution de passer la nuit avec eux.

22 Août – Le 18ème est parti en hâte, cette nuit. Une alerte sans doute ; il est incontestable que l’ennemi se rapproche… Vers 10 heures, ce matin, un aéroplane a survolé longuement le château. Français ? Allemand ? Nous l’ignorons. Il passait à une assez grande hauteur et a disparu dans la direction de la France
Au grand galop de leurs chevaux, des artilleurs sont arrivés après-midi ; leur convoi, comprenant dix-huit pièces de canon, des voitures de munitions, de ravitaillement, etc…a dégringolé avec fracas la pente qui mène au pont romain.

En une heure, tous les véhicules étaient dételés, dans les prairies avoisinant la rivière La Hantes ; des centaines de chevaux, alignés dans un ordre parfait et toujours montés par leurs cavaliers, descendaient, par bandes dans la rivière ; ils s’y désaltéraient, s’y baignaient les jambes, puis, sur un signal donné, remontaient la berge ; un nouveau signal, et d’autres les remplaçaient dans l’eau rafraîchissante, et ainsi de suite jusqu’à ce que tous les chevaux eussent passé dans la rivière. Le spectacle était des plus intéressants ; mais les moins braves d’entre nous sentaient défaillir leur courage.

Durant cette journée du 22 août, de nombreux régiments vont se succéder aux alentours du château de Montignies-Saint-Christophe apportant leurs lots d’officiers recevant le repos et le couvert offerts par les Sœurs Ursulines. Des tranchées seront construites autour du site pour en assurer la défense.
La journée du 23 marquera le départ des troupes en direction de Lobbes afin d’empêcher l’ennemi de franchir la Sambre. Après de vaillants combats menés entre autres par le 57 e RI et le 144 e Ri, la plupart des Régiments durent battre en retraite et se replier sur la Marne.
Les Sœurs quant à elles durent se résoudre à quitter Villa Maria et à rejoindre leur terre natale, Saint-Pol-de-Léon.
Les 23 et 24 août – L’avancée allemande dans la région d’Erquelinnes
La bataille de Charleroi qui se déroula du 21 au 23 août 1914 et qui mis en présence la 5e Armée française opposée à l’avancée de la II e Armée allemande, connut son épilogue meurtrier dans notre région d’Erquelinnes lors de la journée du lundi 24 août.
Le dimanche 23 août dans la soirée, le Général Lanrezac, commandant en chef de la 5e Armée, voyant à sa droite le repli de la 4e Armée dans la forêt d’Ardenne et à sa gauche le recul inévitable de l’Armée anglaise vers Maubeuge, prend la décision de battre en retraite afin d’éviter un encerclement .
Durant la journée du 24 août, la 5e Armée qui a reçu l’ordre de ne plus entrer en contact avec l’ennemi, décide de continuer la retraite sur la ligne Philippeville-Beaumont-Maubeuge. Durant cette journée, de nombreuses troupes sont encore présentes dans nos villages afin de défendre les ponts sur la Sambre à Erquelinnes, Solre-sur-Sambre, Merbes-le-Château et Fontaine-Valmont.


Le 4eme Groupe de Division de Réserve du Général Valabrègue qui avait atteint la zone de Montignies-Saint-Christophe, va subir durant plus de dix heures, un feu nourrit des plus meurtrier causé par les obusiers ennemis et qui va particulièrement faire de nombreuses victimes parmi le 287e Régiment d’Infanterie (15 tués), le 306e Régiment d’Infanterie (22 tués, 51 blessés, 37 disparus) et le 332e Régiment d’Infanterie (19 tués, 20 blessés, 12 disparus) . Le 48e Régiment de Chasseurs à pied perdra 43 hommes pour avoir défendu les ponts sur la Sambre.
Voici ce que nous apprend l’historique du 48e Bataillon de Chasseurs à pied :
Débarqué à Vervins, il participa avec la 6e division de réserve à la marche de la Ve armée vers la Sambre. Les premiers jours se passent dans le calme.
Combat des ponts de la Sambre (24 août). Le 24 août, le bataillon quitte son cantonnement de Bersillies-L’Abbaye, franchit la frontière belge et se prépare à remplir sa mission : « Se porter sur les ponts de Merbes-le-Château et de Labuissière et les défendre sans se laisser accrocher. » C’est à la 7e et à la 10e compagnies qu’incombe cette tâche, difficile étant donnée la supériorité écrasante de l’ennemi. Le combat s’engage à 5 heures et dure pendant toute la matinée, très violent. A la 7eme, l’acharnement est particulièrement marqué : le capitaine THURY-GUENIN est grièvement blessé, après avoir tué 9 Allemands de sa main. L’adjudant-chef CARLIER est mortellement frappé.
Les Allemands, arrêtés net devant les ponts, veulent passer à tout prix et réussissent à s’infiltrer dans les intervalles. Ils gagnent du terrain sur la rive droite et menacent de couper la retraite aux chasseurs toujours accrochés, sur leurs emplacements. A Labuissière, les sapeurs du génie chargés de faire sauter le pont ayant été tués, le chasseur JUDAS essaie, par trois fois, en rampant sous les balles, d’aller y mettre le feu.
Ce repli s’effectua sous le feu des canons et des mitrailleuses ennemis.

Le combat des ponts de la Sambre marque pour le 48e bataillon de chasseurs à pied le commencement de la retraite.
Deux régiments de la 69e Division de Réserve faisant partie également du Groupe Valabrègue sont positionnés sur notre entité :
- Le 251e Régiment d’Infanterie est chargé d’empêcher l’ennemi de déboucher de Hantes-Wihéries. Le 6e Bataillon de ce régiment est installé dans le bois d’Avesnes avec 2 sections de mitrailleuses.
- Le 254e Régiment d’Infanterie, à 9 heures du matin et sur indication qu’une colonne ennemie a pénétré dans Solre-sur-Sambre, reçoit l’ordre d’attaquer à Solre et à Labuissière. Le feu est également engagé à Hantes-Wihéries. A l’issue de cette journée, le Régiment relèvera 12 tués, 66 blessés et 41 disparus. Le centre du village et le quartier de l’église furent fortement endommagés.


Extrait du Journal des Marches et Opérations du 254e Régiment d’Infanterie
La 70e Brigade composée du 57e Régiment et du 144e Régiment d’Infanterie subirent de lourdes pertes dans notre région pour cette journée. Sur la route allant de Biercée vers Fontaine-Valmont, le 1er bataillon du 144e RI entra en contact avec l’ennemi à hauteur du bois Jannot, un combat rapide s’engagea et 80 soldats y laissèrent la vie.
Hantes-Wihéries dans la tourmente
Abordons à présent la situation spécifique du village d’Hantes durant la Première guerre. La découverte aux Archives nationales d’un document, certes pas très volumineux mais riche en renseignements, va nous servir de « fil rouge » pour relater les faits marquants qui se sont passés dans le village. Ce document a été rédigé par le curé Emile Monseux qui fut prêtre dans la paroisse de 1907 à 1919.
Lorsqu’il s’agira des notes du curé Monseux, celles-ci seront transcrites en italique. De très nombreuses informations glanées depuis plus de dix ans viendront s’intercaler et compléter ce devoir de mémoire.

Ce rapport est un résumé succinct des évènements qui se sont passés dans la paroisse et dont nous avons été les témoins.
Emile Monseux curé
François Maghue Président de Fabrique d’Eglise
L Bury Demoulin
Edmond Hennuy
Sommaire
1e Partie : Combats et arrivées des troupes allemandes
1 Situation, mesures prises, offices religieux
2 Arrivée de l’armée française
3 Bombardement de la commune – dégâts
4 Exode de la population
5 Entrée de l’ennemi
2e Partie : Années d’occupation
1 Situation de l’église et du presbytère – dégâts
2 Situation religieuse de la paroisse
3 Déportation
4 Milice
5 Population
6 Episodes d’octobre novembre 1918
1e Partie- Combats et arrivée des allemands
1. Hantes-Wihéries, commune du Hainaut, arrondissement administratif de Thuin et judiciaire de Charleroi, canton de Merbes le Château , est situé dans la région de l’Entre-Sambre-et-Meuse, zone de transition entre la moyenne et haute Belgique. Elle est, arrosée par les rivières « La Hantes et la Thure » ; à une hauteur de 200 mètres au-dessus du niveau de la mer, et se trouve à une distance de 12 kilomètres des forts de Maubeuge . Petite précision, la Thure n’arrose pas Hantes-Wihéries mais marque la frontière avec Solre au niveau de la carrière Wanty et les 200 mètres d’altitude sont atteints non pas à Hantes mais à la ferme Huriau à Solre-sur-Sambre où ils marquent le point culminant de l’entité d’Erquelinnes.
2. Au début des hostilités, pour sauvegarder les objets du culte, le conseil de fabrique décide de les transporter chez Mr Bury Demoulin, industriel : ostensoir, calices, ciboires, reliques, archives de fabrique, budgets et comptes depuis 1830, registres, etc…tout y a été déposé en confiance et a échappé ainsi au pillage et à l’incendie, comme on le verra dans la suite.


3. Des prières publiques ont été annoncées ; la foule nombreuse assiste à la messe du matin et au salut du soir. La messe du vendredi en l’honneur du Sacré Cœur, amène de nombreuses familles jusqu’au jour de l’armistice. La paroisse a été éprouvée au point de vue matériel : elle a été récompensée de sa piété, car elle n’a guère de décès à déplorer parmi les soldats appelés sous les drapeaux.
Voici ce que relate l’historique du 23e Régiment de Dragons pour ces journées du 21 et 22 août :

21 août. — Repos à Souvret. A 16 heures, alerte: la 3e D. C. est engagée vers Pont-à-Celles. Le régiment a ordre d’aller tenir les deux passages du chemin de fer au nord de Courcelles. A 19 heures, ordre de retraiter sur Piéton. A 22 h. 30, la D. C. se retire vers Merbes-le-Château. Cantonnements assignés: Solre-sur-Sambre, Viherie (lire Wihéries), Grand-Pré. Arrivée à 5 heures du matin.

22 août. — A 16 h. 30, alerte : la 5e B. D. est rassemblée à la cote 162 (route de Solre-Montignies). A 21 h. retour à SoIre-sur-Sambre, le régiment gardant les passages du chemin de fer (2- et 3e escadrons en réserve à la sucrerie du passage à niveau de Solre).

La matinée de ce samedi (22 août) se passe sans encombre, mais, après-midi, vers 4 heures, les patrouilles rentrant de reconnaissance, annoncent l’approche rapide de l’ennemi. (1)
Le général décide immédiatement la retraite du corps de cavalerie derrière les forts de Maubeuge. Le moment devient critique, un lieutenant aviateur signale l’ennemi à Anderlues d’une part et aux environs de Peronnes-lez-Binche d’autre part (le soir cette commune était en feu). Il est nécessaire de couvrir la retraite ; le général ne dispose d’aucun homme d’infanterie.
On place l’artillerie sur les hauteurs du hameau de Wihéries au lieu- dit « Maréchal de la Gade » sur la route Mons à Beaumont. Un détachement du 23e Dragons doit organiser la défense ; la nuit se passe angoissante ; heureusement l’ennemi ne vient pas.
(1) Le lendemain avait lieu la bataille de Lobbes qui s’étend jusque Fontaine-Valmont ainsi que la bataille de Gozée.

23 Août 1914 – La matinée du dimanche est calme : bientôt vers 9 heures apparait un « taube » qui vient reconnaitre les positions françaises, il est accueilli par une salve de mitrailleuses. On entend clairement la canonnade de Lobbes. Vers 1 heure, un avion anglais, touché dans les lignes allemandes vient atterrir au chemin de « La cavée » près de Solre-sur-Sambre ; en 10 minutes l’appareil est réparé et l’oiseau reprend son vol.

A 3 heures un second « taube » apparait ; il n’a guère plus de succès que le premier, il se retire devant le feu des mitrailleuses.
Déjà l’ennemi a gagné les hauteurs de Sars-la-Buissière, (rive gauche de la Sambre) ; la canonnade redouble. Quelques imprudents du village, désireux de voir la marche de l’ennemi, font l’ascension du château « Paul Lengrand » et croyant ne pas être aperçu, ils inspectent l’horizon avec des longues-vues. Un obus lancé dans leur direction les tire de leur erreur et blesse grièvement la femme Adèle Ghislain l’épouse Romain Lesoil. Romain Lesoil était temporairement gérant-brasseur à la rue de l’église, suite à l’exil à Paris de la famille Riche.
A la soirée, le silence renait : le détachement du 23e Dragons est remplacé par une compagnie du 48e Chasseurs à pied. Toute la cavalerie française se retire rapidement par la route de Bersillies-l’abbaye, Cousolre et Colleret, à l’abri des forts de Maubeuge.
24 Août – La nuit se passe sans incident mais au petit jour, vers 3 heures, l’ennemi se signale par une violente canonnade : c’est le commencement d’un duel d’artillerie qui durera toute la journée. Les français occupent les mêmes positions qu’hier ; les allemands sont sur la rive gauche de la Sambre, sur les hauteurs de Sars-la-Buissière. Les habitants du centre du village s’enfuient de leurs maisons, encombrés de volumineux ballots : les uns se dirigent vers Bersillies, les autres vers Bousignies (France) , d’autres vers Solre-sur-Sambre.

Les habitants du hameau de Wihéries ont déjà passé la frontière. Les rues sont désertes ; le reste de la population est caché dans les caves ; des avions de reconnaissance explorent les environs, l’artillerie allemande bombarde Montignies-Saint-Christophe.
A 1 heure, le tir se rapproche, tir méthodique, gradué pour raser tout le village. Les obus incendiaires pleuvent ; à 2 heures, l’antique manoir de la famille de Robaulx ne forme qu’un brasier

A 3 heures, cinq obus ont déjà enlevé la toiture de l’église. A 3 heures 10, le toit de la cure s’effondre ; il faut se résigner à rester en cave ; sortir était aller au-devant d’une mort certaine. Enfin à 7heures et demi le calme renait, la canonnade cesse, les derniers habitants, affolés, s’enfuient vers la France.
En cette triste journée, il n’y a eu qu’une seule victime mais aussi, que de ruines.
Mme Armand Brunebarbe née Aline Thomas est tuée par un éclat d’obus en remontant de sa cave pour vérifier si le bombardement avait cessé.

Le lecteur en jugera par le tableau suivant des maisons incendiées ou détruites, avec le nom des propriétaires.
Maisons incendiées :
1 Château de Robaulx et dépendances
2 Château Paul Lengrand et dépendances
3 Mr Bosman 2 maisons et une grange
4 Jules Bouyez
5 Alfred Rousselle
6 Agenor Pantot
7 Vve Adolphe Renaux
8 Albert Renaux
9 Lambert Delfosse
10 Louis Hermal
11 Auguste Chabeaux

Le château de Robaulx avant le bombardement

Maisons détruites en tout ou en partie
1 Eglise
2 Presbytère
3 Château Riche et dépendances rue du chêneau
4 Brasserie et dépendances, rue de l’école
5 Edmond Hennuy , zingueur, patron ferronier, rue du chêneau, né le 19 juin 1879
6 Jules Baudson, marbrier, rue de l’école, né le 4 décembre 1855
7 Ferme Paul Lengrand, rue des fontaines
8 Ferme Léon Lengrand (actuellement ferme Demaret)
9 Raymond Laurent, négociant, rue En Bas , né le 16 avril 1861
10 Hector Bosman
11 Arthur Ghislain, menuisier, rue des boulevards, né le 15 août 1870
12 Léon Servais, ouvrier brasseur, rue En Bas, né le 20 mars 1865
13 Edmond Delbruyère, scieur de long, jeu de balle, né le 24 avril 1842
14 Hubert Blairon, plafonneur, place, né le 14 juin 1862
15 Cinq maisons à Mr Riche (brasseur)
16 Emile Piette, receveur communal, rue de l’école, né le 10 janvier 1867
17 Une maison à de Robaulx
18 Jules Dufour, meunier, rue du moulin, né le 10 mai 1875
19 Jules Jacquemain, marbrier, place, né le 26 mars 1868
La rue de l’église s’appelait rue de l’école. Ces renseignements proviennent des listes électorales de 1903


Mercredi 26 août : Visite à la Croix-Rouge
Toute la population a quitté le village : quelques rares familles sont restées. Me voyant dans l’impossibilité de célébrer la Ste messe dans l’église paroissiale, je me rends à la chapelle des Dames de la Sainte-Union à Solre-sur-Sambre. Deux salles immenses du pensionnat sont transformées en ambulance pour les blessés. Ce sont tous soldats français victimes du bombardement de Hantes et de Montignies-Saint-Christophe. Plusieurs d’entre eux ont été blessés par le feu des forts de Maubeuge qui tentaient d’enrayer l’avancée des troupes allemandes.
En effet, dans la journée du 24, les forts ont tiré dans leur direction de 1 heure à 4 heures. Un cavalier s’est dirigé à bride abattue vers la forteresse pour faire cesser le tir. C’est à cette coïncidence que toute la contrée n’a pas été détruite complétement.
L’après-midi on amène au cimetière d’Hantes six soldats français tués dans les plaines limitrophes. Il y avait le sergent Jean Ronsiaux, 12 rue de la Pointe, La Garenne Colombes (Seine). Les autres cadavres n’ont pu être identifié. Ils ont été enterrés le jeudi après-midi et exhumés par les allemands en novembre 1917 pour être transférés au cimetière commun de Thuin. Le reste de la semaine se passe sans incident. Quelques Ulhans parcourent la contrée.

Dimanche 30 et Lundi 31 août
Célébration de la messe paroissiale à 8 heures. Quelques familles y assistent. Après-midi vers 3 heures un « auto » s’amène. Ordre est donné aux derniers habitants d’évacuer. Je prends la direction de Thuin via Fontaine-Valmont et Leers Fosteau ; les troupes allemandes arrivent en masse. Tout le long de la route se dégage une odeur infecte : des cadavres d’hommes et de chevaux sont là sans sépulture. Je m’arrête à la cure de Biercée, le cher confrère J. Goditiavois, rentre à l’instant ; sa maison est bouleversée et pillée. Il m’offre généreusement l’hospitalité pour la nuit. Mes paroissiens trouvent un abri dans son église.
Le lendemain matin (Lundi) je reprends le chemin d’Hantes. Les allemands y arrivent en même temps que moi. Tandis que les soldats commencent le pillage des maisons, l’artillerie place ses batteries au hameau « La Thure » pour l’attaque de Maubeuge.
Dans le village de Strée, situé à l’ouest d’Hantes-Wihéries à 8 kms à vol d’oiseau, Léon Lefèvre, à cette époque, négociant en vins, nous a laissé des témoignages bouleversants dans son journal intime et ce durant toute la durée du conflit. Nous reviendrons régulièrement sur ses écrits décrivant une situation si proche de la nôtre.
Parti de Strée le 23 août, il rentre finalement le 26 à 1 heure et demi du matin. La description qu’il nous fait donne un aperçu de ce qui s’est passé dans toutes les localités qu’ont traversé les allemands depuis l’invasion de la Belgique.
« Arrivée à Strée à 1h1/2 soir. Vu les pillages – les caves vides – les poules – canards veaux tués – les maisons visitées de bas en haut, les fenêtres et portes enfoncées, quel tableau. Les bestiaux et chevaux enlevés. Les bicyclettes, chariots tous disparus. Armée allemande magnifique – hommes – chevaux – canons tout est splendide »

2 septembre
En l’absence des autorités communales le « factor » ?? est requis pour la reddition des armes. Celles-ci avaient été déposées à la maison communale le dimanche 23 août. Tout est saisi ; les pièces de peu d’importance sont brisées, les autres plus belles sont envoyées en Allemagne.
6 septembre
« Civilen haben geschossen » « Les civils ont tirés » c’était le signal donné pour s’attaquer aux habitants. Les menaces abondent : ce sera l’incendie ou la fusillade. Une courte discussion avec la direction « boche », prouve qu’il n’en était rien. Les habitants de la maison visée avaient évacué avant le bombardement, l’état-major allemand avait pris livraison de toutes les armes.
7 septembre
Maubeuge tombe. Tandis que les soldats se livrent à une orgie scandaleuse, musique en tête, les officiers vont fêter leur succès dans la ville conquise. Le lendemain, ils quittent tous la localité dans la direction de Reims. Nous sommes délivrés de leur présence.
15 septembre
Le presbytère était inhabitable. Peu de familles émigrées sont revenues. De commun accord avec Mr l’abbé Delcroix, révérend Doyen de Merbes-le-Château, j’ai loué une maison sise à Solre sur Sambre à 25 minutes de Hantes. Un tram vicinal m’amène journellement pour le ministère paroissial. Cette situation dure jusqu’au 27 avril 1915. Je rentre à la cure provisoirement réparée.
Septembre 1914, des journalistes américains relatent l’invasion allemande dans nos villages
Durant le mois de septembre 1914, les Etats-Unis sont neutres dans ce conflit et le resteront jusqu’en 1917. De nombreux journalistes américains vont alors essayer de suivre au plus près l’avancée des troupes allemandes et vont nous laisser des témoignages poignants de ce qu’ils vont découvrir en traversant Merbes-le-Château, Hantes-Wihéries, Montignies-Saint-Christophe, Solre-sur-Sambre.
Voici la traduction d’un article du New York Tribune signé John T. McCutcheon :
« Pour revenir à nos aventures sur la frontière Français, d’où j’ai fait une digression : nous avons continué notre chemin vers Maubeuge, à seulement quelques kilomètres de là, dans l’espoir d’arriver avant la tombée de la nuit à un endroit d’où nous pourrions voir l’action que nous entendions maintenant si distinctement. Nous avons traversé Hantes-Wiheries, théâtre d’une furieuse bagarre deux jours auparavant, et avons continué jusqu’à ce que nous atteignions une petite taverne au bord du chemin dans une dépression entre deux collines. Ici, nous étions considérés avec suspicion, et le propriétaire, un Belge, entretenait une réserve maussade. Nous sommes entrés et nous nous sommes assis et lui avons dit qui nous étions. Sa famille et un ou deux hommes silencieux nous regardaient silencieusement. Ils ont refusé de sympathiser. Leurs nerfs étaient encore ébranlés par les événements émouvants qu’ils avaient récemment vus. L’auberge était entre les Français et l’artillerie allemande et les obus étaient tombés dessus. Tour à tour, ils avaient reçu des soldats Français, anglais et allemands, de sorte qu’ils avaient du mal à s’adapter si rapidement au changement. Quand nous sommes arrivés, ils pensaient que nous étions des Anglais, et notre profession de journalistes américains ne semblait apparemment pas convaincante. Pendant un quart d’heure, nous sommes restés là, essayant d’obtenir des informations. Les Français n’étaient qu’à deux ou trois milles au sud, de l’autre côté de la frontière, tandis que les Allemands étaient souvent au sud-est, à Beaumont ou à proximité. Les Allemands essayaient apparemment de se porter derrière Maubeuge, où l’artillerie allemande bombardait les forts. Quand nous avons quitté l’auberge, nous avons continué vers Maubeuge. Il était évident que nous étions hors de l’occupation allemande, car nous n’en avons vu aucun. Un garçon belge sur un vélo et portant une longue cape noire nous a rattrapés alors que nous entrions dans la ville de Solre-sur-Sambre, où notre apparence a créé une grande impression. Une foule nous a suivis et nous a entouré lorsque nous nous sommes arrêtés pour faire réparer l’un des vélos. Ici, nous avons eu une longue discussion. Un Belge a déclaré qu’il avait vu une copie de « Le Matin » la veille, et qu’il avait dit que l’Amérique avait envoyé un ultimatum à l’Allemagne exigeant que les Allemands quittent le sol belge dans les vingt-quatre heures. Un homme grand et imposant nous a été présenté. C’était le bourgmestre de la ville, et il m’a frappé comme étant un homme conservateur, sans émotion et de manière très distinguée. Il a dit qu’il avait entendu parler de la copie de « Le Matin » mais qu’il ne l’avait pas vue. Nous avons interrogé le bourgmestre sur les histoires d’atrocités allemandes et la brutalité des soldats allemands, et il a dit qu’il pensait que les histoires étaient très exagérées. Il avait entendu parler d’un civil tué par les soldats, et quand nous l’avons interrogé davantage, il s’est avéré que c’était l’homme dont nous avions entendu parler à Merbes-Ie-Château. Le bourgmestre n’avait connaissance d’aucun autre cas. »
Un second article signé Irvin S. Cobb

« Nous avons traversé le petit village de Montignies-St-Christophe tard dans l’après-midi — tout juste vingt-quatre heures après le passage d’une colonne allemande et qui avait la couleur de la poussière. Je vais essayer de vous le décrire tel qu’il nous est apparu.
Il me semble que je suis passé par ici il y a tout juste un an, voire un peu moins, même si je ne puis en être sûr. En visitant une région, il arrive souvent que celle-ci vous semble différente de ce qu’on en voit depuis la fenêtre d’un wagon de chemin de fer.
Néanmoins, il y a une chose dont je suis certain: si je ne suis pas déjà passé par ce petit village de Montignies-St-Christophe, je suis certainement passé par une cinquantaine de villages du même style — chacun composé de maisons grises alignées comme les perles d’un collier le long d’une rue droite et blanche, avec des champs à l’arrière et des ormes à l’avant; chacun avec sa petite église laide, son négociant en vins, son troquet, son prêtre tout de noir vêtu et son unique gendarme affublé d’un sabre, d’une ceinture et d’un baudrier.
Je m’imagine bien avoir essayé de penser à quelque chose d’amusant à raconter au sujet de la splendeur minable du gendarme ou encore du goût acide du vinaigre vendu sous le nom de vin au bistrot du coin. En effet, à cette époque, j’étais censé écrire des articles humoristiques sur mon périple en Europe.
Mais à présent, quelque chose s’était passé à Montignies-St-Christophe, quelque chose qui l’avait fait sortir de l’anonymat des villages sans importance de ce coin supérieur-gauche de la carte de l’Europe. La guerre était passée par là et lui avait assené un coup.
Nous y étions arrivés juste avant le crépuscule. Nous nous étions dépêchés toute la journée, essayant de rattraper l’arrière-garde allemande ; mais, même s’ils se battaient en avançant, les Allemands se déplaçaient plus rapidement que nous. Ils avaient encerclé la partie sud de la Belgique tels des tonneliers plaçant des cerclages d’acier bien serrés autour d’un tonneau. Et tandis que l’étau s’était resserré sur la Belgique –- ou tout au moins sur cette partie de la Belgique -– les Allemands avaient déjà passé la frontière et foulaient de leurs pas le sol français.
De plus, nous nous étions souvent arrêtés, tant il y avait de choses à voir et à entendre. C’est ainsi que nous étions restés une heure à Merbes-Le-Château, où les Anglais avaient séjourné; et une autre heure à La Buissière, sur la Sambre, où des combats avaient eu lieu deux jours auparavant; mais Merbes-Le-Château est une autre histoire, et La Buissière aussi d’ailleurs. Juste après La Buissière, nous avions fait une halte dans le hameau de Neuville afin de faire réparer le pneu crevé d’une de nos bicyclettes par le touche-à-tout du coin.
Tandis que nous nous rassemblions dans cette rue étroite, juste devant son échoppe, et qu’une foule de villageois curieux s’agglutinait autour de nous, une ambulance improvisée, portant sur le côté une croix rouge peinte par-dessus les lettres d’une enseigne de boulanger, grimpa la côte raide jusqu’au sommet de la rue pavée. A cette vision, les femmes postées dans l’embrasure de la porte de leur chaumière tordirent leurs mains rouges et ratatinées dans leur tablier et se mirent à chuchoter entre elles avec effroi. Le sifflement de leur voix allait et venait le long des maisons.
Le chariot semblait transporter un soldat français blessé que l’on avait retrouvé dans les bois par-delà la rivière. Il était le dernier à avoir été trouvé en vie ; autrement dit, depuis deux jours et deux nuits, il gisait sans aide dans les fourrés, le ventre vide et les plaies à vif. De plus, pendant ces deux nuits, il avait beaucoup plu.
A l’instant même où nous reprîmes la route, des tirs de canons se firent entendre devant nous en direction du sud-ouest ; nous suivîmes alors cette direction.
Le bruit des canons s’était fait entendre très distinctement tôt dans la matinée, puis moins distinctement vers midi. Ensuite, il y avait eu comme une sorte d’accalmie ; mais à présent c’était un « boum – boum – boum » constant et régulier, qui ressemblait plus à un léger battement qu’à un véritable son et qui était tellement éloigné qu’il peinait à parvenir jusqu’à nos oreilles. Cela faisait trois jours que nous suivions le bruit lointain des canons, essayant sans cesse de les rattraper tandis qu’ils avançaient, toujours en direction du sud, vers la frontière française. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous fouettions le vendre de notre cheval épuisé avec la lanière d’un long fouet et que nous nous dépêchions. En tout, nous étions au nombre de cinq, tous Américains. Les deux qui se déplaçaient à bicyclette nous servaient d’escorte et les trois autres suivaient derrière avec le cheval et la charrette. Nous avions acheté cet équipement le matin même et allions le perdre la nuit suivante. Le cheval était en fait une vieille jument d’une belle hauteur au garrot avec de petites blessures aux épaules et dont les fanons n’étaient pas rasés, comme c’était la mode pour les chevaux belges. La charrette, quant à elle, n’était rien d’autre qu’une épave dont les roues déformées couinaient à chaque rotation autour de leur axe. En fait, si nous avions pu les acheter, c’est tout simplement parce que les Allemands n’en avaient pas voulu.
La jument épuisée parvenait à peine à soulever ses jambes au poil hirsute et c’est en traînant nos pieds meurtris que, chacun à notre tour, nous la tirions par la bride pour la faire avancer. Pendant une heure ou plus, nous avions ainsi marché sur cette route droite et interminable, bordée de champs de couleur vert clair et vert foncé et dont l’alternance en cette période de moissons donnait à la campagne belge l’apparence d’un immense damier.
L’absence sur cette route d’autochtones, ainsi que d’attelages allemands, nous semblait assez étrange, surtout qu’auparavant nous n’avions pas arrêté de croiser des soldats ou de rencontrer des réfugiés.
Nous arrivâmes ainsi dans ce petit village appelé Montignies-St-Christophe. Son nom nous était apparu à un carrefour, sur un poteau indicateur à six directions – un nom assez imposant pour un village qui ne devait compter guère plus d’une vingtaine de maisons. Toutefois, le drame dont il avait été le théâtre avait complètement défiguré ce petit village frontalier et cette image allait hanter ma mémoire pour le reste de mes jours. A l’extrémité de la seule rue qui le composait se tenait, tel un avant-poste, un vieux château, sans aucun doute la demeure de la noblesse locale, avec un petit parc planté de hêtres et d’ormes. C’est précisément à l’entrée de ce parc que nous vîmes les premières traces de combats. Le portail entre les pilasses ébréchées en pierre était entrouvert et laissait apercevoir, pendu à la branche d’un petit arbre, le manteau bleu, relativement neuf et cousu de fil d’or au col et aux poignets, d’un officier de la cavalerie française. En dessous de cet arbre, une botte de paille avait la forme d’un lit et on pouvait voir les cendres d’un feu de camp éteint. Sur l’herbe gisait un poulet bien dodu, tout juste prêt à être cuit. Au-delà de tout ceci, c’était un véritable capharnaüm : des sacs à dos français, des chemises de flanelle, des cartes à jouer, des fagots de petit bois pour le feu, des cantines recouvertes d’un tissu bleu ardoise avec d’étranges excroissances semblables à de petites cornes sur le dessus –- la preuve qu’il s’agissait bien de cantines françaises – de la paille éparpillée, de drôles de chaussures aux lacets défaits et un abri de service en toile ; bref, tout l’attirail d’un camp qui avait était soudainement et violemment dérangé.
En y repensant, il me semble que jusqu’à cet instant, aucun de nous n’avait songé à jeter un oeil aux maisons et aux échoppes qui se tenaient au-delà des arbres du parc du château. Il faut dire que nous étions désespérément épuisés et que, ces trois derniers jours, nos yeux s’étaient habitués aux signes de misère, de désolation et de destruction que les conquérants laissaient en abondance derrière eux.
Tout à coup, je me rendis compte que ce village avait été littéralement dévasté. De notre côté, c’est-à-dire du côté nord et un peu aussi du côté ouest, il avait été pilonné par les Allemands. La réponse sans détours des Français été venue du sud. Le village entre ceux-ci avait subi toute la fureur dévastatrice de leurs feux soutenus. Les habitants avaient sans doute été avertis et avaient fui quand les tirailleurs allemands avaient surpris les français postés dans le parc. On les imagine détalant comme des lapins à travers les champs et les carrés de choux et abandonnant tous leurs biens et leurs effets dans leur demeure qui allait être détruite.
Une voie ferrée émergeait des champs et longeait l’unique rue. Elle avait été bombardée et avait explosé; les rails d’acier arrachés à leurs traverses se dressaient tels des rangées de dents pointues. D’autres obus étaient tombés sur la route, créant ainsi des monticules de pavés et des cratères d’une profondeur allant d’un mètre vingt à un mètre cinquante ou un mètre quatre-vingt.
Chaque maison que l’on pouvait apercevoir avait été bombardée, encore, encore et encore. La façade de l’une d’entre-elles avait été éventrée de telle manière que l’on voyait les mûrs arrières et les casseroles sur les étagères de la cuisine. Une autre n’avait plus de toiture et les tuiles qui l’avaient constituée n’étaient plus qu’un amas de déchets rouges et jaunes, empilés comme des tessons devant la porte d’un potier. Les portes étaient grandes ouvertes et les fenêtres sans plus aucune vitre et parfois même sans plus aucun châssis ressemblaient à des orbites sans yeux.
Deux maisons avaient pris feu et l’intérieur avait été réduit en cendres. Une odeur de brûlé se dégageait des ruines encore fumantes mais les épais mûrs de pierre avaient tenu bon.
Notre pauvre vieux canasson s’arrêta et se mit à renifler, puis à s’ébrouer. S’il avait eu assez d’énergie, il aurait fait un pas de côté avant de faire demi-tour. En effet, deux chevaux morts gisaient à présent devant nous – un grand gris et un rouan – leurs jambes complètement en travers de la route. Le gris était transpercé de part en part à trois places. Le sabot avant droit du rouan avait été arraché, comme tranché d’un coup de hache, ce qui donnait à la jambe un aspect non terminé, un peu comme le résultat d’une malformation. Ils étaient morts depuis quelques heures et leur carcasse avait déjà commencé à gonfler. La peau de leur ventre était tendue comme la peau d’un tambour.
Nous obligeâmes notre jument tremblante à passer ces deux chevaux morts. La route était alors jonchée d’objets divers : des sacs à dos, des manteaux, des cantines, des mouchoirs, des batteries de cuisine, des ustensiles de ménage, des bouteilles, des cruches et des casquettes. Des deux côtés de la route, les fossés profonds en étaient également remplis. Les casquettes et les sacs à dos, qui appartenaient tous à des soldats français, avaient été abandonnés dans la précipitation qui avait suivi l’escarmouche.
Les Allemands avaient chargé après avoir bombardé le village et les Français s’étaient alors repliés – du moins c’est ce que l’on pouvait en déduire. Dans tous ces débris, il n’y avait aucune trace d’objets de manufacture allemande ou qui auraient appartenu à des Allemands. Ceci nous intrigua particulièrement, jusqu’à ce que l’on comprenne que les Allemands se comportaient à la guerre comme dans leur vie de tous les jours, rassemblant de façon méthodique tous leurs effets après chaque combat, petit ou grand, et ne laissant rien derrière eux qui pouvait donner à leur ennemi une idée des pertes subies.
Nous approchâmes alors de l’église dont la flèche du clocher avait disparu. Si étrange que cela pouvait paraître, un petit drapeau tricolore français flottait encore à une fenêtre. En arrivant près de la taverne, ou du négoce en vins, au-dessus de la porte de laquelle on pouvait voir une enseigne avec une créature qui ressemblait à un lynx bleu, nous aperçûmes par la porte la moitié d’un pain et quelques bouteilles posés sur une table. Devant nous se dressait une maison un peu plus imposante avec des poiriers en façade et une belle grange sur le côté. Juste en dessous de l’avant-toit de cette grange, je ramassai la veste courte d’un soldat français, tellement neuve que la doublure blanche en batiste était à peine souillée. Etant donné que le col portait le nombre 18, elle devait appartenir à un soldat du Dix-huitième Régiment de Cavalerie. Derrière la grange, nous trouvâmes une pile de sacs à dos neufs, semblables à ceux qui équipaient les fantassins français et dont le poids faisait à peine la moitié, voire le tiers, des sacs allemands, lesquels étaient maintenus par des sangles et portaient au dos des lanières de cuir rouge.
Jusqu’à cet instant, nous n’avions rencontré aucun être humain dans ce village où régnaient le silence et la destruction. Cette absence était assez oppressante. Il n’y avait que des chats, assis sur les seuils des maisons ou sur les appuis de fenêtres. Nous entendîmes alors, provenant d’une grange, des meuglements lugubres poussés par des bêtes enfermées : des vaches, séparées de leur veau affamé et dont le pis était bien gonflé. Toutefois, aucune trace de chiens. Comme nous l’avions déjà remarqué dans d’autres villages dévastés, les chats étaient restés sur place tandis que les chiens belges, à la truffe pointue et ressemblant à des loups, avaient fui systématiquement avec leurs maîtres. Nous en avions encore la confirmation à Montignies-St-Christophe.
Sur un côté de la route se tenait une barricade, une construction faite de pierres et de mottes de gazon que les Français avaient érigée avant l’attaque et que les Allemands avaient à moitié détruite. Je dénombrai sur celle-ci trois chats, assis côte à côte et posément occupés à faire leur toilette.
Juste après avoir passé cette barricade, l’un de nous discerna, dans une remise située à l’arrière d’une maison criblée d’impacts, pratiquement la dernière maison du village, une très vieille femme qui nous observait au travers d’une brèche dans le mur. Il s’adressa à elle en Français, mais elle ne lui répondit pas, continuant juste à le regarder depuis son abri. Il s’avança vers elle, mais celle-ci disparut sans faire de bruit et sans dire un mot. Ce fut la seule personne aperçue en vie dans ce village.
Toutefois, à la sortie du village, la charrette d’un marchand de meubles s’approcha de nous; celle-ci avait été réquisitionnée par les autorités belges, civiles ou militaires, pour servir d’ambulance. Elle était tirée par des chevaux éreintés et au-dessus des roues, tant à l’avant qu’à l’arrière, flottaient des drapeaux blancs avec une croix rouge en leur centre. Un homme tenait l’un des chevaux par la bride et deux autres suivaient la charrette en marchant. Tous trois portaient des brassards de la Croix-Rouge sur les manches de leur manteau.
Le dessus de la charrette était bâché, tandis que les extrémités étaient ouvertes. En regardant à l’intérieur, nous vîmes les cadavres de deux soldats – deux fantassins français. Les corps étaient allongés côte à côte à l’arrière de la charrette. Leurs pieds reposaient sur le siège et leurs jambes raides, dans leur pantalon rouge et ample, étaient inclinées vers le haut. L’ensemble donnait l’impression qu’ils étaient sur le point de basculer hors du tombereau.
Les bras revêtus de bleu d’un des deux soldats étaient tordus; ils formaient deux demi-cercles qui ne ceinturaient rien du tout et le mouvement chaotique des roues sur les pavés ronds défoncés les faisait se balancer de façon erratique. La tête du second était inclinée vers l’arrière, nous laissant ainsi voir son visage. Malgré le masque de boue qui maculait sa peau terne et blanche, on pouvait voir qu’il s’agissait d’une personne jeune au visage assez avenant. Même si, actuellement, celui-ci n’avait plus rien d’avenant.
En y regardant de plus près, nous constatâmes qu’il manquait une partie au visage de ce malheureux : sa mâchoire inférieure avait disparu. C’était devenu quelque chose d’abominable à regarder. La veille encore, ces deux infortunés avaient été des hommes, mais à présent ce n’était plus que des dépouilles qui allaient être traitées comme telles. Et en effet, en jetant un oeil en arrière, nous vîmes la charrette quitter la route principale pour s’engager dans un champ où les coquelicots, semblables à des gouttes de sang, abondaient entre les sillons peu entretenus d’un champ de betteraves sucrières.
Nous nous arrêtâmes pour mieux regarder. Le tombereau traversa le champ de betteraves et s’avança jusqu’au bord d’un fourré où une tranchée avait été creusée. Les fossoyeurs, deux paysans en sarrau, se tenaient debout, le long du tas de terre fraîchement retournée à côté de la fosse. Ils avaient l’attitude des personnages que l’on voit dans les tableaux de Millet. Leur bêche était plantée dans le monticule de terre. Derrière eux, une rangée de peupliers se détachait de la ligne du ciel.
Après avoir été extraits de la charrette, les corps furent déposés dans la tombe peu profonde et les deux fossoyeurs commencèrent à les recouvrir de terre.
Nous réalisâmes alors que nous n’avions adressé aucun mot aux hommes qui conduisaient le tombereau, pas plus qu’eux d’ailleurs. Le long du chemin jouxtant la limite inférieure du champ où avait lieu l’inhumation se tenait une maison isolée, pas trop abîmée. Fixée sur la façade, une sorte de blason portant les armoiries de la Belgique indiquait qu’il s’agissait d’un poste de douane.
Un coup d’œil rapide sur notre carte nous permit de comprendre qu’à cet endroit, la frontière française formait une sorte de V dont la pointe s’avançait jusqu’à proximité du chemin. Si les fossoyeurs avaient creusé leur tranchée quelques quarante-cinq mètres plus loin, les corps de ces deux Français auraient reposé en terre natale.
A présent, le soleil était pratiquement couché et ses rayons obliques disparaissaient derrière les ormes plantés tout le long de notre route. Nous rencontrâmes un groupe de réfugiés. Il était composé d’hommes, de femmes et d’enfants qui se déplaçaient tous à pied et portaient de petits paquets. Ils se traînaient silencieusement, formant une procession désordonnée. Aucun ne pleurait, aucun ne donnait l’impression d’avoir pleuré. Au cours de ces dix derniers jours, ma route avait croisé celle de milliers de réfugiés et je n’en avais entendu aucun pleurer, se plaindre, ni protester.
Ceux-ci ne dérogeaient pas à la règle. Les traits durs de leur visage de paysan n’exprimaient rien d’autre que de la stupeur. Ils remontaient la route dans le soleil couchant tandis que nous la descendions et, presque d’un coup, le bruit sourd de leurs pas disparut derrière nous. Sans toutefois en être certain, nous devinions que ces personnes étaient les habitants de Montignies-St-Christophe qui regagnaient leur maison bombardée.
Une heure plus tard, nous traversions les lignes arrières allemandes et entrions dans la ville de Beaumont. L’Etat-major d’un corps d’armée allemand y avait établi ses quartiers pour la nuit, tandis que le gros des troupes, après d’âpres combats, avaient déjà avancé bien au-delà de la frontière. La France était envahie.
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Le 23 novembre 1914, le conseil communal composé de V. Horgnies bourgmestre remplaçant Jules Chabeau en exil, Armand Brunebarbe, échevin, et V. Anciaux, A. Wallemme, A. Fayt conseillers, décide de faire procéder à une adjudication publique pour les travaux de réfection du presbytère, abimé par le bombardement du 24 août. Le 28 du même mois, afin de couvrir les frais de réparation et de réfection de l’église et du presbytère, le conseil communal décide d’emprunter la somme de deux mille francs, à court terme et au taux de 5% à Mr Léon Brunebarbe de cette commune.
Mr Léon Brunebarbe était le père d’Armand Brunebarbe.
C’est Joseph Hecq ardoisier de Solre-sur-Sambre qui effectua les travaux pour le prix de 3.10 francs le mètre carré.
2e Partie II Années d’occupation
Si l’église et le presbytère ont échappé à l’incendie, ces bâtiments ont souffert beaucoup de ces bombardements. Sept obus sont tombés sur la cure brisant tout le mobilier de trois places ; cinq autres ont atteint l’église, endommageant notablement l’édifice et fracturant tout le mobilier. On en jugera par le relevé ci-joint des objets détruits figurant déjà à l’inventaire du mobilier fait le 5 juillet 1908 :
a)
- Œuvres d’art : 1 lustre d’une valeur de 1300 francs
2 candélabres à 5 branches 300 frs
Un grand Christ appartenant à l’ancienne église Saint Géry de Wihéries

b)
- Objets divers : 8 grands vitraux
Un confessionnal
Un grand crucifix en fonte
Un grand crucifix en chêne sculpté
12 grands bouquets de procession
Une paire de candélabres en cuivre à trois branches
Une paire de candélabres à cinq branches
Un porte bougies en cuivre
Trois lampes belges
L’autel de la Ste Vierge
Une crèche de Noël avec personnages
Un baldaquin
Tréteaux , civières pour procession
Draps mortuaires pour grandes personnes et enfants
32 chaises d’église
Linge d’autel, nappes, surplis, aubes, etc …
Armoire de fabrique et autres objets trop long a énoncer


Autel de la Vierge
Des réparations urgentes ont été exécutées aux édifices par la commune. Les matériaux faisant défaut à cette époque. Trois appartements de la cure sont inhabitables… il y a urgence après quatre années, de travailler à l’église et au presbytère. La Fabrique n’a reçu aucun subside malgré les demandes adressées au Comité national (Section église et culte).
Il faut ici rappeler que l’entente entre le curé Monseux, la Fabrique d’église d’une part et l’administration communale d’autre part était des plus mauvaise. Pour des problèmes de voisinage avec la cure et des travaux à la chapelle du Calvaire, la fabrique d’église avait voulu attaquer la commune en justice mais cela n’avait pu être possible.
2) Le service religieux a repris malgré toutes ces difficultés : 73 familles manquent dans la paroisse ; elle se trouvent dans l’impossibilité de rentrer.
La population comptait en août 1914, 815 habitants répartis dans 225 foyers. Après le bombardement jusqu’à la fin des hostilités, la population est tombée à 500 habitants environ. Le tableau ci-joint indique la situation de la paroisse au point de vue religieux, en tenant compte de la diminution de la population. Ces chiffres, quoique peu élevés, renferment de nombreux retours aux pratiques religieuses.
| 1912 | 1913 | 1914 | 1915 | 1916 | 1917 | 1918 | |
| Communion Solennelle des enfants | 13 | 10 | 8 | 9 | 5 | 6 | 7 |
| Communion pascales | 208 | 228 | 235 | 175 | 191 | 209 | 218 |
A ces chiffres, il convient d’ajouter les renseignements suivants :
- Le 16 mars 1917 arrivent 272 St Quentinois. Un seul homme vient à la messe mais pas de communion pascale. 14 femmes ont communié. Les enfants ne fréquentent pas l’école et ne viennent pas à l’église. Plusieurs enfants sont nés mais n’ont pas été présentés au baptême.
- Le 5 février 1918, arrivée de 72 Avesnois, ils ont séjourné ici jusqu’au 10 juillet. Un seul homme a fait ses Pâques et 15 femmes.
Rappel des faits : En 1917 et depuis le début de la guerre, l’armée allemande occupe la ville de Saint-Quentin. L’avancée des armées alliées va obliger l’armée allemande à se replier sur la ligne Hindenburg, qui passe par Saint-Quentin. Les dirigeants allemands vont alors prendre la décision de faire évacuer la ville. Ce ne sont pas moins de 45000 personnes qui vont prendre la direction des Ardennes et de la Belgique. C’est par centaines qu’ils vont trouver refuge dans nos différents villages et se voir hébergés à plusieurs dans la même maison. Ils avaient juste le droit d’emmener avec eux quelques effets personnels et un baluchon fait à la va-vite la veille du départ. La plupart sont rentrés chez eux après la guerre mais quelques-uns sont restés et ont fondé famille chez nous, comme Samuel Comont et son épouse Marcelle Wagon.




A part quatre exceptions, la jeunesse a été préservée contre l’immoralité de l’ennemi mais au contact des St Quentinois, sa situation est devenue bien désastreuse. Les familles chrétiennes le constatent, le regrettent et cherchent les moyens pour réparer le mal causé à leurs enfants.
- Depuis l’armistice, l’immoralité, la désertion de l’église ont pris des proportions inquiétantes parmi la jeunesse. Les bals organisés 3 et 4 fois la semaine par les troupes en sont la cause. On y attirait même les petites filles âgées de moins de quatorze ans. On constate à regret que toute la paroisse doit être réédifiée aux points de vue matériel, moral et religieux. ( réédifier : Porter de nouveau à la vertu, à la piété)
Voir article « Après l’armistice »
Déportation
Le 22 novembre 1916, tous les hommes sont convoqués pour 9 heures à la gare d’Erquelinnes. Trente trois hommes et jeunes gens sont transférés en Allemagne au camp de Güben et de là aux camps de discipline de Gustrow et de Mariemburg
Au préalable, le secrétaire communal Gabriel Monfils, avait dû établir la liste des 140 hommes nés entre 1861 et 1899.

| André Marcel | Baligant Albert | Bossuyt Charles | Boulanger Clovis |
| Boyez Alphonse | Brasseur Eugène | Brasseur Victor | Brévière Oscar |
| Britelle Alfred | Britelle Eugène | Brulez Edgard | Brunebarbe Alidor |
| Brunebarbe Armand | Brunebarbe Léon | Carpentier Octave | Chabeau Jules |
| Chabot Arthur | Chabot Auguste | Chabot Jules | Charlier Victor |
| Clippe Emile | Coppin Léon | Cuvelier Victor père | Cuvelier Victor fils |
| Delbruyère Constant | Delfosse Admire | Delfosse Cincinnat | Delfosse Numa |
| Delhaye Albert | Delhaye Edmond | Delplace Emile | Delplace Jules |
| Delplace Numa | Delplace Porphyre | Delval Jules | Delvienne Octave |
| Delvienne René | Delville Alphonse | Demanet Anicet | Denamur Maurice |
| Deskoeuvre François | Dessort Fernand | Desanthoine Julien | Devergnies Camille |
| Devergnies Emile | Dewolf Léon | Dolisy Joseph | Doublouis Joseph |
| Draux Albert | Dubois Jules | Dufour Jules | Dupuis Fernand |
| Duquesnes Charles | Fayt Alexandre | Fayt Georges | Fayt Paul |
| Fouquet Alfred | Fourdrain Albert | Frère Léon | Genlain Charles |
| Gervoise Edgard | Ghilain Arthur | Godin Léon | Haye Alexandre |
| Haye Fernand | Hecq Albert | Hecq Arthur | Hennuy Edmond |
| Hermal Edgard | Hoquet Alfred | Huart Joseph | Joselier Arthur |
| Lambert Victor | Lassinal Oscar | Laurent Maurice | Laurent Raoul |
| Lerat Arthur | Lesoil Firmin | Lesoil Luc | Lesoil Romain |
| Levacq Emile | Mahieu Jules | Mairiaux Jules | Mathy Emile |
| Meunier Alfred | Meunier Zephir | Molle Auguste | Monfils Gabriel |
| Monseux Emile curé | Mouchart Adolphe | Orban Victor | Pantot Désiré |
| Petit Adolphe | Philippe Octave | Pietquin Ernest | Pietquin Evariste |
| Pietquin Louis | Piette Arthur | Piette Emile père | Piette Emile fils |
| Piette Marcel | Piette René | Pitrarens Alfred | Pitrarens Alfred |
| Pitrarens Georges | Pitrarens Joseph | Pitrarens Julien | Pitrarens Léon |
| Pitrarens Louis | Pitrarens Théodore | Potier François | Preaux Adolphe |
| Puissant Albert | Puissant Gustave | Puissant Jules | Puissant Vital |
| Quertinmont François | Quertinmont Gaston | Ransquin Selma | Remont Alexis |
| Renaux Albert | Renaux Paul | Ronflette Hervé | Roulez Edouard |
| Rousselle Achille | Rousselle Albert | Servais Léon | Soudan Arthur |
| Soudan Fernand | Soudan Yvon | Wiart Adolphe | Wallemme Alfred |
| Wallemme Auguste | Wallemme Ernest | Wallemme Fernand | Wallemme Jules |
| Wallemme Marcel | Wautier Fernand | Faes Charles | Van Wymeerch Omer |
| Roulez Siméon |
En cette année 1916, l’Allemagne a besoin de main-d’œuvre pour remplacer ses ouvriers d’usines et ses agriculteurs partis sur battre sur le front. Las allemands vont d’abord organiser des campagnes de recrutement afin de compenser cette perte. Malgré des promesses alléchantes promettant de bonnes conditions de travail et des revenus garantis, quasi tous les hommes refusèrent de signer un tel engagement. Suite à ces refus, l’autorité allemande va faire publier en date du 3 octobre 1916, un ordre déclenchant une déportation massive des hommes en capacité de travailler.
Depuis le début des hostilités, bon nombre d’usines ont cessé de fonctionner, de nombreux métiers ne sont plus exercés ce qui a pour conséquence d’augmenter fortement le nombre de chômeurs. Les allemands ne supportant pas ces inactifs malgré eux alors qu’ils manquent de main-d’œuvre chez eux, vont organiser durant l’automne 1916 une véritable rafle parmi ces citoyens. A Erquelinnes, le 22 novembre, va avoir lieu ce triage parmi les hommes d’Hantes-Wihéries repris sur la liste. Les autres villages avaient également dû envoyer leur contingent d’hommes âgés de 17 à 55 ans. Trente et un hantois furent désignés pour être déportés immédiatement en Allemagne emportant avec eux un balluchon et quelques maigres denrées.
Le 23, ce furent les hommes de Lobbes et Thuin, le 24 Beaumont, le 25 Chimay.

Ce jour-là Léon Lefevre de Strée nous laisse un témoignage : « Allé à Erquelinnes en voiture avec Henri Levêque. Marc et Arthur (des habitants de Strée) non désignés, Marcel pris. Rentré à Strée à 7 h1/2 du soir. Quelle triste journée, l’on ne voyait que femmes, hommes, enfants pleurer.
Quelques jours plus tard, le secrétaire communal, Gabriel Monfils, établissait une liste de ces déportés, stipulant leur métier avant la guerre et leur métier durant la guerre tentant ainsi d’éviter un statut de chômeur. Un ouvrier d’usine (à l’arrêt) devenait un ouvrier agricole, un ouvrier manœuvre (sans emploi) devenait un ouvrier de moulin, etc… Cette liste mentionnait également le nom du parent, de l’épouse, du patron qui réclamait « son » déporté. Sept d’entre eux ne furent pas « réclamé ».
En honneur à ces déportés, voici la liste :
| Nom et prénom Du déporté par contrainte | Age | Profession avant la guerre | Profession pendant la guerre | Réclamé par qui |
| Delvienne Octave | 24 | Ouvrier agricole | o/agricole | Brasseur Olga ép. |
| Marcel André | 30 | Ouvrier de glacerie | o/journalier | personne |
| Soudan Ferdinand | 44 | Ouvrier carrier | o/agricole / garde | Brognez Anna ep. |
| Meunier Zéphir | 21 | Ouvrier d’usine | négociant | Meunier Edgard |
| Devergnies Camille | 40 | Charcutier | Polisseur de marbre | Boschman Adonie ep. |
| Wallemme Fernand | 22 | voiturier | Voiturier et cultivateur | Wallemme Jules Son père |
| Levacq Emile | 40 | Ouvrier d’usine | Domestique de ferme | Bedoret Omer |
| Roulez Edouard | 34 | Ouvrier d’usine | o/agricole | Pantot Damide ep. |
| Haye Fernand | 18 | Ouvrier d’usine | Domestique de ferme | Haye Alexandre p. |
| Baligand Arthur | 17 | Ouvrier manoeuvre | Ouvrier de moulin | Dufour Jules patron |
| Lesoil Luc | 33 | « « « « | Ouvrier journalier | Delplace Marie ep. |
| Pitrarens Georges | 23 | Ouvrier agricole | Ouvrier agricole | Houdy Marie ep. |
| Pitrarens Léon | 20 | Ouvrier de glacerie | Ouvrier de ferme | Pitrarens Louis p. |
| Pitrarens Théodore | 35 | Ouvrier d’usine | Garde de nuit | Roulez Zoé épouse |
| Préaux Adolphe | 36 | Ouvrier de glacerie | Ouvrier de ferme | Delbruyère Lydie |
| Doublouis Joseph | 44 | Ouvrier agricole | Domestique de ferme | Polet Irma |
| Brunebarbe Alidor | 22 | Ouvrier d’usine | Journalier | Molle Elise epouse |
| Hecq Arthur | 18 | Ouvrier d’usine | Cultivateur | Hecq Albert père |
| Charlier Victor | 38 | Ouvrier d’usine | Vannier | personne |
| Petit Adolphe | 20 | Ouvrier d’usine | Journalier | personne |
| Denamur Maurice | 19 | Ouvrier agricole | Domestique de ferme | Bedoret Omer patr. |
| Dupuis Fernand | 31 | Ouvrier d’usine | Ouvrier ferronier | Harboux Rosalie ep |
| Van Wymeersch Om | 35 | Ouvrier terrassier | Ouvrier journalier | personne |
| Bossuyt Charles | 38 | Ouvrier terrassier | Ouvrier journalier | personne |
| Piette René | 22 | Employé | Etudiant et négociant | Piette Emile père |
| Frère Léon | 19 | Apprenti marbrier | Journalier et messager pour la commune | Baligant Elise mère Le bourgmestre |
| Britelle Alfred | 24 | Ouvrier d’usine | Ouvrier agricole | Lefebvre Paula ep. |
| Dehoux Joseph | 32 | Ouvrier de glacerie | Ouvrier agricole | personne |
| Capel Léon | 38 | Ouvrier agricole | Ouvrier agricole | personne |
| Delplace Numa | 26 | Ouvrier menuisier | ||
| Pitrarens Alfred | 20 | Ouvrier d’usine |
De ces hommes déportés en Allemagne, Numa Delplace décède à Guben le 5 février 1917. Il était père d’un enfant. Alfred Pitrarens âgé de 20 ans, célibataire décède le 4 février 1917 également à Guben.
Emile Levacq, âgé de 40 ans et père d’un enfant, décède à Mariemburg le 2 février 1917.
Numa Delplace
Numa Delplace était né à Hantes-Wihéries, le 2 septembre 1890. Il habitait au numéro 3 de la rue du Calvaire et exerçait la profession d’ouvrier menuisier. Il était marié à Lucie Baudson.
Il avait 26 ans lorsqu’il fut appelé à se présenter à la gare d’Erquelinnes avec 140 autres Hantois, le 22 novembre 1916.
Il fit partie de la trentaine de jeunes du village à être retenus et envoyés par train en Allemagne. La destination était le camp de répartition des travailleurs civils belges de Güben.
De ce lieu de répartition, les « travailleurs civils belges » devaient être répartis dans différents endroits d’Allemagne pour y travailler. Nombreux furent les déportés belges qui refusèrent ce travail bien qu’ils soient payés. Les représailles furent terribles et les déportés subirent outre un hiver particulièrement rigoureux, de nombreuses privations et un traitement inhumain.
Numa Delplace en fut la victime le 3 février 1917 ; il mourut à l’hôpital du camp. C’est là qu’il fut inhumé.
Extrait du registre des décès de la commune d’Hantes-Wihéries – année 1917 – acte n°8

N°37. Gross-Breesen ( Guben), six février mil neuf cent dix-sept.
D’après notification du médecin en chef du camp de prisonnier de Gross-Breesen, il a été rapporté aujourd’hui que le travailleur civil belge Numa Deplace, menuisier à Hantes-Wihéries, rue d’En-bas, numéro vingt, vingt-six ans et quatre mois d’âge, dissident né à Hantes-WIhéries, province de Hainaut, marié à Lucie Baudson, père Hector Delplace, mère Zulma Moyaux, est décédé le trois février de l’année mil neuf cent dix-sept après–midi à trois heures et demie à l’hôpital du lieu de répartition pour les ouvriers civils belges des suites d’une pneumonie.
Alfred Pitrarens
Né le 5 juin 1896
Déporté à Güben (Allemagne) le 22 novembre 1916
Mort à Güben (Allemagne) le 5 février 1917
Alfred Pitrarens n’avait que 20 ans quand il fut déporté en Allemagne. Ouvrier d’usine selon les documents des archives communales, ouvrier de gaz ou verrier selon l’acte de décès, célibataire, il habitait chez ses parents au 14, rue de Leval. Son père Joseph était ouvrier agricole
Il mourut en Allemagne le 5 février 1917, comme beaucoup d’autres déportés, victime du froid, de la faim et des mauvais traitements.
Extrait du registre des décès de la commune d’Hantes-Wihéries – année 1917 – acte n°9
. N°44. Gross-Breesen ( Guben), le neuf février mil neuf cent dix-sept.
D’après notification du médecin en chef du camp de prisonnier de Gross-Breesen, il a été rapporté aujourd’hui que le travailleur civil belge Alfred Pitrarens, ouvrier de gaz ( ou verrier) âgé de vingt ans et sept mois, dissident né à Bousignies Département du Nord, célibataire, père Joseph Pitrarens, mère Idaïs Trumarinaise, tous deux demeurant à Hantes-Wihéries, est décédé le cinq février de l’année mil neuf cent dix-sept après-midi à huit heures et demie à l’hôpital du lieu de répartition pour les ouvriers civils belges des suites d’une pneumonie.
Emile Levacq
Né le 18 décembre 1876
Déporté à Güben (Allemagne) le 22 novembre 1916
Mort à Marienburg (Allemagne) le 29 janvier 1917
Emile Levacq avait 40 ans lorsqu’il fut déporté en Allemagne par l’occupant allemand avec une trentaine d’autres Hantois. Avec eux, il fut envoyé à Güben ; il faisait partie de la 52ème division, 11ème groupe n° 1013 de ce camp.
Jusqu’à cette déportation, il habitait au numéro 13 de la rue du Jeu de Balle. Avant la guerre, il était ouvrier d’usine mais suite à la fermeture des entreprises pendant le conflit, il fut alors employé par Omer Bedoret comme domestique de ferme. Emile Levacq était marié à Vitaline Delplace.
Dès le 23 novembre 1916, son patron et son épouse réclamèrent son retour aux autorités allemandes : en vain. Il mourut en Allemagne le 29 janvier 1917, comme beaucoup d’autres déportés, victime du froid, de la faim et des mauvais traitements.
Un service funèbre a été célébré pour chacun d’eux en l’église paroissiale au milieu d’une assistance nombreuse et particulièrement recueillie.
Le 2 mars, une collecte faite dans la paroisse et due à l’initiative de personnes charitables, a rapporté une somme importante, allouant à chaque déporté environ 20 francs.
Parmi les personnes décédées des suites de leur déportation, il faut y ajouter :
Le 1er novembre 1918 est décédé dans la paroisse, Fernand Dupuis âgé de 30 ans, père de 2 enfants. Il avait été déporté également le 22 novembre 1916 et était revenu un an plus tard tout à fait exténué. Sa mort est due aux fatigues et privations ressenties en Allemagne.
Milice – La paroisse a été très éprouvée au point de vue matériel comme il a été dit précédemment ; elle a été épargnée dans ses soldats. Ils étaient trente-quatre ; parmi lesquels quatre engagés volontaires. Un seul est mort, deux autres légèrement blessés.
Malgré que la Belgique soit un pays neutre en vertu du traité de 1839, elle se doit de placer ses troupes en vue de protéger ses frontières. La mobilisation générale aura lieu le 31 juillet à 19 h.
Persuadés qu’ils étaient protégés par le statut de neutralité belge, les mobilisés rejoignent leurs garnisons respectives en étant persuadés qu’ils n’auraient pas à faire la guerre.
A côté de cette mobilisation, il y eu également 18000 volontaires.
Appelés sous les drapeaux :
- Audez Joseph
- Dubois Emile
- Denamur Joseph
- Blondeau Emile
- Crousse Paulin
- Haubuge Isidore
- Gardien Emile
- Fourdrain
- Jehu Henri
- Pantot Alfred
- Pantot Arthur
- Jacmain Numa
- Mahieu René
- Molle Henri
- Melkior Pol
- Gillain Lucien
- Warzée Georges
- Allard Jules
- Fayt Léon
- Deskoeuvre François , instituteur, brancardier, est rentré au village après la chute de Namur
- Fayt Paul, blessé à Louvain, soigné à Anvers, congédié par les allemands en 1916. Rentre en famille pour y rester jusqu’à la fin de la guerre.
- Bedoret Gaston prisonnier à Soltau
- Rémont Noël prisonnier à Soltau
- Leroy Juste interné en Hollande
- Denamur Joseph interné en Hollande
- Leenard Alfred interné en Hollande
- Thon interné en Hollande
- Soudan Em mobilisé en France
- Rousselle Arthur mobilisé en France et blessé le 30 septembre 1918
Engagés volontaires
- Henri Mélot
- Robert Mélot aviateur
- Paul François
- Edmond Delville Sergent au 1er Chasseur à Mons, décédé aux environs de Dixmude


A suivre …
Article rédigé par Christian
