Contexte général
L’objectif de cette rubrique n’est pas de réécrire l’histoire de la Première guerre mondiale ; des milliers de livres, documents, mémoires ont été publiés depuis plus d’un siècle, mais bien de partager tous les éléments en notre possession en relation directe avec le village d’Hantes-Wihéries et ses environs immédiats durant ce conflit qui dura du mois d’août 1914 à novembre 1918.
Toutefois, une brève description du contexte géopolitique de l’époque, des tensions et des Alliances, nous paraît opportun avant de relater les différents faits qui ont marqué le village d’Hantes-Wihéries pendant plus de quatre années.
Au début du 20éme siècle, l’Europe dominait le monde mais les grandes nations européennes ne s’entendaient pas entre elles et elles essayaient sans arrêt de prendre l’avantage les unes sur les autres. Les puissances, à cette époque, étaient, d’un côté, l’Allemagne, où régnait l’empereur Guillaume II, l’empire Austro-Hongrois dirigé par l’empereur François-Joseph, la Bulgarie et l’Empire Ottoman (l’actuelle Turquie). Ces pays couvraient quasi le centre de l’Europe.

Face à ce bloc, on trouvait les Puissances Alliées composées de la Serbie, de la Russie, de la France, du Royaume-Uni, de l’Italie, de la Belgique et des Etats-Unis.
L’Allemagne à cette époque était économiquement très forte et la puissance de son industrie avait permis d’accroître considérablement ses capacités militaires. Une armée particulièrement équipée et entraînée et une flotte juste derrière le Royaume Uni, préparaient le Premier conflit mondial. L’Allemagne convoitait les richesses de l’Angleterre et de la France mais également leurs colonies.
Depuis 1870, l’Allemagne se préparait à reprendre les armes, elle n’attendait plus que le prétexte… C’est l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand neveu de François-Joseph par un nationaliste serbe, Gavrilo Princip, qui permit à l’Autriche de déclarer la guerre à la Serbie le 28 juillet 1914 après s’être assuré du soutien de l’Allemagne. Le 1er août, faisant suite à la mobilisation générale russe, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie, alliée de la Serbie.

Le 2 août, la Belgique, pays neutre, reçoit de l’Allemagne, une demande d’autorisation de passage sur son territoire. Le 3 août, notre pays ayant refusé, malgré les dommages proposés, est envahi et voit l’Allemagne déclarer la guerre à la France. Le lendemain, la Grande Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne. C’est le début de la Première guerre mondiale qui fera 10 millions de morts dans les armées engagées et 10 millions de morts parmi les vieillards, femmes et enfants. 21 millions de blessés viennent compléter ce triste tableau.
Les chiffres de la Belgique sont pour une population de 7,4 millions : 41000 militaires tués, 44 686 militaires blessés et 25 000 civils tués.
Le mois d’août 1914 dans notre région
Observations faites depuis le Pensionnat des Ursulines à Montignies-Saint-Christophe
En France, au début du XXe siècle, la politique anticléricale menée par le Gouvernement d’Emile Combes, va aboutir en 1904 à l’interdiction d’enseignement à toute Congrégation religieuse. La loi du 3 juillet 1905 sur la séparation de l’Eglise et l’Etat est votée après de nombreux amendements. Elle reconnaît la liberté de conscience et le libre exercice des cultes mais n’en salarie ni n’en subventionne aucun.
En 1907, les Ursulines seront réduites à chercher un refuge sur une terre étrangère où les exilaient les lois de 1901 et 1904. Elles seront finalement expulsées de leur couvent de Saint-Pol-de Léon, en Bretagne, le 12 décembre 1907.
De nombreux parents ont alors souhaité que leurs enfants accompagnent et poursuivent leur scolarité auprès de ses Sœurs Ursulines durant leur séjour à Montignies Saint Christophe.


Dans un livre intitulé « Trois cents ans d’apostolat » et écrit par le Chanoine Mesguen en 1929, j’ai eu le plaisir de découvrir la description quasi au jour le jour de tout ce qui se déroula à Montignies et environs, durant le mois d’août 1914.
Voici donc un résumé de ce que les Sœurs occupant le château relatent quotidiennement :
1er Août (matin). — Ce matin, nous voyons avec effroi le drapeau belge flotter sur le clocher de Montignies. La guerre franco-allemande est désormais inévitable. Mais la Belgique a-t-elle donc quelque chose à voir dans cette collision de ses deux grands voisins ? Pour qui prendrait-elle parti ?
1er Août (Soir). — Notre Mère revenue, dès ce soir, de Tournai, nous a renseignées : l’Allemagne masse ses troupes sur la frontière belge ; aux demandes d’explications d’Albert 1er, elle ne daigne même pas répondre. La mobilisation de la petite armée belge est donc commencée. Déjà, le 30 juillet, l’effervescence était grande dans les gares. Des cris de : « Vive la guerre ! Vive la mobilisation ! » éclataient partout, impressionnant vivement nos voyageuses. Au repas qui a suivi la Cérémonie, Notre Révérende Mère Provinciale leur a appris que la violation de la neutralité belge était chose faite ; en conséquence, chevaux, voitures, automobiles sont réquisitionnés et sous peu, les voies ferrées elles-mêmes seront inaccessibles au public.
« La surexcitation est générale », nous dit Notre Mère. Dans les gares, ce sont des scènes déchirantes : adieux des mères, des épouses, des enfants aux soldats réclamés par la patrie.
2 Août – La guerre entre la France, la Russie, la Serbie d’une part, l’Allemagne et l’Autriche d’autre part, est officiellement engagée.
3 Août – Ce soir, on nous annonce que les troupes allemandes déferlent sur la Ville de Liège. La Belgique et l’Angleterre entrent en lice à leur tour. En attendant l’arrivée des Anglais, les trains transportant des soldats français arrivent au secours de la frontière violée. Dans la soirée, nos élèves françaises vont saluer leurs compatriotes à Solre-sur-Sambre. Au village, les femmes sanglotent …
4 Août – Plus de service douanier entre la France et la Belgique. On va, on vient librement à condition de n’être pas suspect… Car les espions pullulent dans toutes ces villes frontières et des arrestations journalières sont opérées.
7 Août – Un appel téléphonique de France. Le maire de l’ile de Batz réclame sa fille et annonce « Qu’on dispose des draps et des serviettes en faveur des blessés ». Départ aussi des élèves irlandaises pour l’Angleterre via Ostende, s’il en est encore temps. Les autres pensionnaires restent. Nous espérons que les Allemands seront rejetés, sans retard, au-delà des frontières.


13 Août – Du pain de guerre. Sr M Elisabeth et Hélène Gaillard (une future Ursuline) sont allées aux provisions à Binche. Ni sel, ni sucre, ni riz, ni chocolat…Des soldats anglais remplissent la ville : d’où la pénurie des vivres.
Liège tient toujours ou plutôt les forts seuls tiennent. Les journaux rapportent des faits héroïques accomplis par la vaillante armée belge…
18 Août – Une violente bataille est engagée du côté de Namur-Dinant. Les français y seraient en grand nombre.

19 Août – Des autos militaires passent à fond de train dans la direction de Beaumont-Maubeuge. Les journaux ne paraissent plus. Le canon s’entend de deux côtés opposés : à l’est, venant de Namur ; au Nord-Ouest, venant d’où ? De la fameuse plaine de Waterloo ? Chaînes tendues en travers des routes, aux carrefours…, contrôle des passeports par des gardes civiques.

20 Août – Exclamations des enfants : le dirigeable de Maubeuge qui passe à très faible hauteur. On distingue les hommes dans la nacelle et, à l’arrière, nos trois couleurs ! En temps de paix, nous admirerions nous aussi cet aérostat en forme de cigare gigantesque, glissant légèrement dans le ciel bleu, au-dessus des sapins, dans un soleil radieux qui donne des reflets d’or à l’enveloppe jaune du dirigeable. Mais la douceur de cette matinée d’août ne peut nous faire oublier la guerre.
Dans la matinée, des soldats anglais passent devant la grille. Notre Mère Marie Emmanuel envoie M. Marie Ursule d’Ombrain leur offrir quelques rafraîchissements.
Dans l’après-midi, nos élèves vont à Bousignies-sur-Roc où campe un assez fort contingent de soldats français… Dans la soirée, c’est à Montignies même que s’arrête un régiment français. O joie ! Ce sont des Bretons de Vannes ! Commandés par le capitaine de la Fare, parent de Mère Sous-Prieure.
Mère Prieure les invite à Villa Maria (le château) pour se restaurer. Mais la consigne est formelle : les soldats ne peuvent s’écarter de leur lieu de campement. Alors, qu’on leur apporte sur place pain, chocolat, beurre et bière.
La sympathie de la population belge les émeut… Ils sont pleins d’allant, sûrs de vaincre…Et nous-mêmes, à leur contact, nous reprenons confiance.
21 août – De nouveaux régiments français vers 10h. Quand ils passent sous nos murs, le cri de « Vive la France » jaillit de nos cœurs. Quelques instants après, les officiers nous font demander si nous pourrons loger quelques-uns d’entre eux. Mère Prieure met à leur disposition tout le Pensionnat. Une table est dressée au parloir pour le repas de midi. Tout le jour, les pantalons rouges vont et viennent dans notre parc. Ils appartiennent au 18eme de Bayonne.
La préoccupation des chefs est visible. A mi-voix ils se concertent, ils consultent leur carte et ne font guère honneur au succulent repas qui leur est servi. Au dessert, notre chorale leur fait entendre le chant de Botrel. Tous sont émus.
Une parenthèse : Nous apprendrons plus tard que l’un de ces hôtes du 21 août, tombé au champ d’honneur le 16 septembre 1914, le lieutenant Léon Asson a noté cet accueil des religieuses :
« A Montignies, petit village de 400 habitants, aux
maisons essaimées dans un nid de verdure, j’installe la
popotte dans le couvent des Sœurs françaises de Saint-
Pol-de-Léon. Ces bonnes Sœurs sont dans le ravis-
sement de voir les uniformes français. Toute la com-
munauté nous entoure, et la supérieure, fort affable,
nous fait dresser une table dans le salon de réception.
Nous faisons un excellent repas arrosé de bons vins.
« Ma section est commandée pour garder la route de Mons. Une demi-section prendra le service de
jour, et l’autre, le service de nuit ; un sergent est chef de poste mais comme la cavalerie ennemie est signalée à une très courte distance (30 kilomètres environ), je tiens à être souvent avec mes hommes ,et, ce soir, je prends la résolution de passer la nuit avec eux.

22 Août – Le 18ème est parti en hâte, cette nuit. Une alerte sans doute ; il est incontestable que l’ennemi se rapproche… Vers 10 heures, ce matin, un aéroplane a survolé longuement le château. Français ? Allemand ? Nous l’ignorons. Il passait à une assez grande hauteur et a disparu dans la direction de la France
Au grand galop de leurs chevaux, des artilleurs sont arrivés après-midi ; leur convoi, comprenant dix-huit pièces de canon, des voitures de munitions, de ravitaillement, etc…a dégringolé avec fracas la pente qui mène au pont romain.

En une heure, tous les véhicules étaient dételés, dans les prairies avoisinant la rivière La Hantes ; des centaines de chevaux, alignés dans un ordre parfait et toujours montés par leurs cavaliers, descendaient, par bandes dans la rivière ; ils s’y désaltéraient, s’y baignaient les jambes, puis, sur un signal donné, remontaient la berge ; un nouveau signal, et d’autres les remplaçaient dans l’eau rafraîchissante, et ainsi de suite jusqu’à ce que tous les chevaux eussent passé dans la rivière. Le spectacle était des plus intéressants ; mais les moins braves d’entre nous sentaient défaillir leur courage.

Durant cette journée du 22 août, de nombreux régiments vont se succéder aux alentours du château de Montignies-Saint-Christophe apportant leurs lots d’officiers recevant le repos et le couvert offerts par les Sœurs Ursulines. Des tranchées seront construites autour du site pour en assurer la défense.
La journée du 23 marquera le départ des troupes en direction de Lobbes afin d’empêcher l’ennemi de franchir la Sambre. Après de vaillants combats menés entre autres par le 57 e RI et le 144 e Ri, la plupart des Régiments durent battre en retraite et se replier sur la Marne.
Les Sœurs quant à elles durent se résoudre à quitter Villa Maria et à rejoindre leur terre natale, Saint-Pol-de-Léon.
Les 23 et 24 août – L’avancée allemande dans la région d’Erquelinnes
La bataille de Charleroi qui se déroula du 21 au 23 août 1914 et qui mis en présence la 5e Armée française opposée à l’avancée de la II e Armée allemande, connut son épilogue meurtrier dans notre région d’Erquelinnes lors de la journée du lundi 24 août.
Le dimanche 23 août dans la soirée, le Général Lanrezac, commandant en chef de la 5e Armée, voyant à sa droite le repli de la 4e Armée dans la forêt d’Ardenne et à sa gauche le recul inévitable de l’Armée anglaise vers Maubeuge, prend la décision de battre en retraite afin d’éviter un encerclement .
Durant la journée du 24 août, la 5e Armée qui a reçu l’ordre de ne plus entrer en contact avec l’ennemi, décide de continuer la retraite sur la ligne Philippeville-Beaumont-Maubeuge. Durant cette journée, de nombreuses troupes sont encore présentes dans nos villages afin de défendre les ponts sur la Sambre à Erquelinnes, Solre-sur-Sambre, Merbes-le-Château et Fontaine-Valmont.


Le 4eme Groupe de Division de Réserve du Général Valabrègue qui avait atteint la zone de Montignies-Saint-Christophe, va subir durant plus de dix heures, un feu nourrit des plus meurtrier causé par les obusiers ennemis et qui va particulièrement faire de nombreuses victimes parmi le 287e Régiment d’Infanterie (15 tués), le 306e Régiment d’Infanterie (22 tués, 51 blessés, 37 disparus) et le 332e Régiment d’Infanterie (19 tués, 20 blessés, 12 disparus) . Le 48e Régiment de Chasseurs à pied perdra 43 hommes pour avoir défendu les ponts sur la Sambre.
Voici ce que nous apprend l’historique du 48e Bataillon de Chasseurs à pied :
Débarqué à Vervins, il participa avec la 6e division de réserve à la marche de la Ve armée vers la Sambre. Les premiers jours se passent dans le calme.
Combat des ponts de la Sambre (24 août). Le 24 août, le bataillon quitte son cantonnement de Bersillies-L’Abbaye, franchit la frontière belge et se prépare à remplir sa mission : « Se porter sur les ponts de Merbes-le-Château et de Labuissière et les défendre sans se laisser accrocher. » C’est à la 7e et à la 10e compagnies qu’incombe cette tâche, difficile étant donnée la supériorité écrasante de l’ennemi. Le combat s’engage à 5 heures et dure pendant toute la matinée, très violent. A la 7eme, l’acharnement est particulièrement marqué : le capitaine THURY-GUENIN est grièvement blessé, après avoir tué 9 Allemands de sa main. L’adjudant-chef CARLIER est mortellement frappé.
Les Allemands, arrêtés net devant les ponts, veulent passer à tout prix et réussissent à s’infiltrer dans les intervalles. Ils gagnent du terrain sur la rive droite et menacent de couper la retraite aux chasseurs toujours accrochés, sur leurs emplacements. A Labuissière, les sapeurs du génie chargés de faire sauter le pont ayant été tués, le chasseur JUDAS essaie, par trois fois, en rampant sous les balles, d’aller y mettre le feu.
Ce repli s’effectua sous le feu des canons et des mitrailleuses ennemis.

Le combat des ponts de la Sambre marque pour le 48e bataillon de chasseurs à pied le commencement de la retraite.
Deux régiments de la 69e Division de Réserve faisant partie également du Groupe Valabrègue sont positionnés sur notre entité :
- Le 251e Régiment d’Infanterie est chargé d’empêcher l’ennemi de déboucher de Hantes-Wihéries. Le 6e Bataillon de ce régiment est installé dans le bois d’Avesnes avec 2 sections de mitrailleuses.
- Le 254e Régiment d’Infanterie, à 9 heures du matin et sur indication qu’une colonne ennemie a pénétré dans Solre-sur-Sambre, reçoit l’ordre d’attaquer à Solre et à Labuissière. Le feu est également engagé à Hantes-Wihéries. A l’issue de cette journée, le Régiment relèvera 12 tués, 66 blessés et 41 disparus. Le centre du village et le quartier de l’église furent fortement endommagés.


Extrait du Journal des Marches et Opérations du 254e Régiment d’Infanterie
La 70e Brigade composée du 57e Régiment et du 144e Régiment d’Infanterie subirent de lourdes pertes dans notre région pour cette journée. Sur la route allant de Biercée vers Fontaine-Valmont, le 1er bataillon du 144e RI entra en contact avec l’ennemi à hauteur du bois Jannot, un combat rapide s’engagea et 80 soldats y laissèrent la vie.
Hantes-Wihéries dans la tourmente
Abordons à présent la situation spécifique du village d’Hantes durant la Première guerre. La découverte aux Archives nationales d’un document, certes pas très volumineux mais riche en renseignements, va nous servir de « fil rouge » pour relater les faits marquants qui se sont passés dans le village. Ce document a été rédigé par le curé Emile Monseux qui fut prêtre dans la paroisse de 1907 à 1919.
Lorsqu’il s’agira des notes du curé Monseux, celles-ci seront transcrites en italique. De très nombreuses informations glanées depuis plus de dix ans viendront s’intercaler et compléter ce devoir de mémoire.

Ce rapport est un résumé succinct des évènements qui se sont passés dans la paroisse et dont nous avons été les témoins.
Emile Monseux curé
François Maghue Président de Fabrique d’Eglise
L Bury Demoulin
Edmond Hennuy
Sommaire
1e Partie : Combats et arrivées des troupes allemandes
1 Situation, mesures prises, offices religieux
2 Arrivée de l’armée française
3 Bombardement de la commune – dégâts
4 Exode de la population
5 Entrée de l’ennemi
2e Partie : Années d’occupation
1 Situation de l’église et du presbytère – dégâts
2 Situation religieuse de la paroisse
3 Déportation
4 Milice
5 Population
6 Episodes d’octobre novembre 1918
1e Partie- Combats et arrivée des allemands
1. Hantes-Wihéries, commune du Hainaut, arrondissement administratif de Thuin et judiciaire de Charleroi, canton de Merbes le Château , est situé dans la région de l’Entre-Sambre-et-Meuse, zone de transition entre la moyenne et haute Belgique. Elle est, arrosée par les rivières « La Hantes et la Thure » ; à une hauteur de 200 mètres au-dessus du niveau de la mer, et se trouve à une distance de 12 kilomètres des forts de Maubeuge . Petite précision, la Thure n’arrose pas Hantes-Wihéries mais marque la frontière avec Solre au niveau de la carrière Wanty et les 200 mètres d’altitude sont atteints non pas à Hantes mais à la ferme Huriau à Solre-sur-Sambre où ils marquent le point culminant de l’entité d’Erquelinnes.
2. Au début des hostilités, pour sauvegarder les objets du culte, le conseil de fabrique décide de les transporter chez Mr Bury Demoulin, industriel : ostensoir, calices, ciboires, reliques, archives de fabrique, budgets et comptes depuis 1830, registres, etc…tout y a été déposé en confiance et a échappé ainsi au pillage et à l’incendie, comme on le verra dans la suite.


3. Des prières publiques ont été annoncées ; la foule nombreuse assiste à la messe du matin et au salut du soir. La messe du vendredi en l’honneur du Sacré Cœur, amène de nombreuses familles jusqu’au jour de l’armistice. La paroisse a été éprouvée au point de vue matériel : elle a été récompensée de sa piété, car elle n’a guère de décès à déplorer parmi les soldats appelés sous les drapeaux.
Voici ce que relate l’historique du 23e Régiment de Dragons pour ces journées du 21 et 22 août :

21 août. — Repos à Souvret. A 16 heures, alerte: la 3e D. C. est engagée vers Pont-à-Celles. Le régiment a ordre d’aller tenir les deux passages du chemin de fer au nord de Courcelles. A 19 heures, ordre de retraiter sur Piéton. A 22 h. 30, la D. C. se retire vers Merbes-le-Château. Cantonnements assignés: Solre-sur-Sambre, Viherie (lire Wihéries), Grand-Pré. Arrivée à 5 heures du matin.

22 août. — A 16 h. 30, alerte : la 5e B. D. est rassemblée à la cote 162 (route de Solre-Montignies). A 21 h. retour à SoIre-sur-Sambre, le régiment gardant les passages du chemin de fer (2- et 3e escadrons en réserve à la sucrerie du passage à niveau de Solre).

La matinée de ce samedi (22 août) se passe sans encombre, mais, après-midi, vers 4 heures, les patrouilles rentrant de reconnaissance, annoncent l’approche rapide de l’ennemi. (1)
Le général décide immédiatement la retraite du corps de cavalerie derrière les forts de Maubeuge. Le moment devient critique, un lieutenant aviateur signale l’ennemi à Anderlues d’une part et aux environs de Peronnes-lez-Binche d’autre part (le soir cette commune était en feu). Il est nécessaire de couvrir la retraite ; le général ne dispose d’aucun homme d’infanterie.
On place l’artillerie sur les hauteurs du hameau de Wihéries au lieu- dit « Maréchal de la Gade » sur la route Mons à Beaumont. Un détachement du 23e Dragons doit organiser la défense ; la nuit se passe angoissante ; heureusement l’ennemi ne vient pas.
(1) Le lendemain avait lieu la bataille de Lobbes qui s’étend jusque Fontaine-Valmont ainsi que la bataille de Gozée.

23 Août 1914 – La matinée du dimanche est calme : bientôt vers 9 heures apparait un « taube » qui vient reconnaitre les positions françaises, il est accueilli par une salve de mitrailleuses. On entend clairement la canonnade de Lobbes. Vers 1 heure, un avion anglais, touché dans les lignes allemandes vient atterrir au chemin de « La cavée » près de Solre-sur-Sambre ; en 10 minutes l’appareil est réparé et l’oiseau reprend son vol.

A 3 heures un second « taube » apparait ; il n’a guère plus de succès que le premier, il se retire devant le feu des mitrailleuses.
Déjà l’ennemi a gagné les hauteurs de Sars-la-Buissière, (rive gauche de la Sambre) ; la canonnade redouble. Quelques imprudents du village, désireux de voir la marche de l’ennemi, font l’ascension du château « Paul Lengrand » et croyant ne pas être aperçu, ils inspectent l’horizon avec des longues-vues. Un obus lancé dans leur direction les tire de leur erreur et blesse grièvement la femme Adèle Ghislain l’épouse Romain Lesoil. Romain Lesoil était temporairement gérant-brasseur à la rue de l’église, suite à l’exil à Paris de la famille Riche.
A la soirée, le silence renait : le détachement du 23e Dragons est remplacé par une compagnie du 48e Chasseurs à pied. Toute la cavalerie française se retire rapidement par la route de Bersillies-l’abbaye, Cousolre et Colleret, à l’abri des forts de Maubeuge.
24 Août – La nuit se passe sans incident mais au petit jour, vers 3 heures, l’ennemi se signale par une violente canonnade : c’est le commencement d’un duel d’artillerie qui durera toute la journée. Les français occupent les mêmes positions qu’hier ; les allemands sont sur la rive gauche de la Sambre, sur les hauteurs de Sars-la-Buissière. Les habitants du centre du village s’enfuient de leurs maisons, encombrés de volumineux ballots : les uns se dirigent vers Bersillies, les autres vers Bousignies (France) , d’autres vers Solre-sur-Sambre.

Les habitants du hameau de Wihéries ont déjà passé la frontière. Les rues sont désertes ; le reste de la population est caché dans les caves ; des avions de reconnaissance explorent les environs, l’artillerie allemande bombarde Montignies-Saint-Christophe.
A 1 heure, le tir se rapproche, tir méthodique, gradué pour raser tout le village. Les obus incendiaires pleuvent ; à 2 heures, l’antique manoir de la famille de Robaulx ne forme qu’un brasier

A 3 heures, cinq obus ont déjà enlevé la toiture de l’église. A 3 heures 10, le toit de la cure s’effondre ; il faut se résigner à rester en cave ; sortir était aller au-devant d’une mort certaine. Enfin à 7heures et demi le calme renait, la canonnade cesse, les derniers habitants, affolés, s’enfuient vers la France.
En cette triste journée, il n’y a eu qu’une seule victime mais aussi, que de ruines.
Mme Armand Brunebarbe née Aline Thomas est tuée par un éclat d’obus en remontant de sa cave pour vérifier si le bombardement avait cessé.

Le lecteur en jugera par le tableau suivant des maisons incendiées ou détruites, avec le nom des propriétaires.
Maisons incendiées :
1 Château de Robaulx et dépendances
2 Château Paul Lengrand et dépendances
3 Mr Bosman 2 maisons et une grange
4 Jules Bouyez
5 Alfred Rousselle
6 Agenor Pantot
7 Vve Adolphe Renaux
8 Albert Renaux
9 Lambert Delfosse
10 Louis Hermal
11 Auguste Chabeaux

Le château de Robaulx avant le bombardement

Maisons détruites en tout ou en partie
1 Eglise
2 Presbytère
3 Château Riche et dépendances rue du chêneau
4 Brasserie et dépendances, rue de l’école
5 Edmond Hennuy , zingueur, patron ferronier, rue du chêneau, né le 19 juin 1879
6 Jules Baudson, marbrier, rue de l’école, né le 4 décembre 1855
7 Ferme Paul Lengrand, rue des fontaines
8 Ferme Léon Lengrand (actuellement ferme Demaret)
9 Raymond Laurent, négociant, rue En Bas , né le 16 avril 1861
10 Hector Bosman
11 Arthur Ghislain, menuisier, rue des boulevards, né le 15 août 1870
12 Léon Servais, ouvrier brasseur, rue En Bas, né le 20 mars 1865
13 Edmond Delbruyère, scieur de long, jeu de balle, né le 24 avril 1842
14 Hubert Blairon, plafonneur, place, né le 14 juin 1862
15 Cinq maisons à Mr Riche (brasseur)
16 Emile Piette, receveur communal, rue de l’école, né le 10 janvier 1867
17 Une maison à de Robaulx
18 Jules Dufour, meunier, rue du moulin, né le 10 mai 1875
19 Jules Jacquemain, marbrier, place, né le 26 mars 1868
La rue de l’église s’appelait rue de l’école. Ces renseignements proviennent des listes électorales de 1903


A suivre …
Article rédigé par Christian
